Appel européen pour la défense du droit à l’éducation en Palestine : l’Union européenne doit agir maintenant pour arrêter les agressions israéliennes

L’AURDIP (Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine), mardi 27 octobre 2015

L’AURDIP et BRICUP ont écrit le 22 octobre 2015 au Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et au Commissaire européen à la recherche, à la science et à l’innovation pour les alerter sur la situation dramatique des étudiants palestiniens confrontés à la nouvelle agression israélienne qui cible particulièrement la jeunesse palestinienne et son système éducatif. La lettre demande instamment la suspension de l’accord d’association UE-Israël.

Si vous êtes universitaire en poste ou à la retraite (européen ou pas), vous pourriez apporter votre soutien à cet appel en remplissant le formulaire de signature ici. Votre signature apparaitra alors avec les autres signatures et sera envoyée en temps utile aux commissaires européens.

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Federica Mogherini, Haut-Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Carlos Moedas, Commissaire européen à la recherche, à l’innovation et à la science

Madame, Monsieur,

Pour la deuxième fois cette année, nous devons attirer votre attention sur le comportement illégal des forces d’occupation israéliennes envers les étudiants, les enseignants et les professeurs palestiniens. Notre lettre du 22 février documentait plusieurs occurrences de détention administrative, de celle d’un astrophysicien internationalement connu au cas d’un garçon de 14 ans [1]. Nous avons de fait montré qu’une campagne de harcèlement est dirigée spécifiquement vers les mineurs. Nous vous avons demandé de reconnaître qu’Israël rompait clairement ses obligations selon l’article 2 de l’accord de coopération [2] et de transmettre cette conclusion à la Commission européenne. Une conséquence évidente des violations répétées d’Israël est, assez clairement, que l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne doit être suspendu, sinon annulé.

Avec tristesse et inquiétude, nous devons vous signaler que la situation s’est sérieusement aggravée depuis notre lettre précédente et qu’elle dégénérera davantage encore sans une action rapide. Nos collègues des universités palestiniennes signalent des cas extraordinaires de violence contre les étudiants. Quelques exemples suffiront à représenter la situation.

Le 22 septembre, à un checkpoint d’Hébron, un soldat israélien a abattu Hadeel al-Hashlamon, une étudiante de 18 ans de l’université d’Hébron, et l’a laissée saigner à mort. Des sources israéliennes affirment qu’elle tentait de poignarder le soldat, mais les photographies le démentent. Amnesty International a appelé ce tir « un cas d’exécution extrajudiciaire » [3].

Le 7 octobre, deux étudiants de l’université Beir Zeit, Abdul Rahman Abu Dahab et Ahmed Walid Hamid ont été brutalement frappés pour avoir manifesté et on a délibérément tiré à bout portant dans la jambe du second alors qu’il était attaché [4]. Où ils se trouvent actuellement est inconnu.

Le 7 octobre, Shurouq Dwayyat, une étudiante de 18 ans de l’université de Bethléem, a été attaquée dans la vieille ville par un colon, qui a essayé d’arracher son voile. Lorsqu’elle l’a repoussé en légitime défense, il a tiré sur elle. Elle est restée plus d’une semaine en soin intensif [5].

Le 13 octobre, les forces israéliennes ont pris d’assaut le campus de l’université Al-Quds à Jérusalem-Est, arrêtant huit étudiants et causant des dommages importants [6].

Le 13 octobre, l’université technique de Tulkarem a été obligée de fermer jusqu’à nouvel ordre après un assaut des forces israéliennes [7].

Il y a bien sûr beaucoup d’autres exemples choquants de la brutalité israélienne au cours de la flambée actuelle de violences, en particulier envers les personnes appartenant au groupe d’âge des étudiants [8]. Les forces d’occupation israéliennes ont de longs antécédents en ce qui concerne le ciblage spécifique des écoles et des universités. Pendant la première Intifada, de 1988 à 1992, par exemple, tout le système d’éducation palestinien, du haut jusqu’en bas, a été fermé sur ordre militaire [9]. Malgré des efforts continuels pour entraver le secteur universitaire palestinien (très récemment documentés par une délégation universitaire européenne [10]), ces universités ont démontré une remarquable résistance. De fait, la Palestine est maintenant largement perçue comme ayant un des meilleurs systèmes éducatifs du Moyen-Orient. Nous craignons que ce succès ne soit désormais compromis, le système universitaire risquant des fermetures complètes et de longue durée comme dans le passé.

Le droit à l’éducation est inconditionnel [11]. L’occupation militaire de la Cisjordanie est illégale, comme le reconnaissent à la fois l’Union européenne et les Nations Unies. Nous vous demandons une fois encore d’informer la Commission européenne qu’Israël viole les dispositions de la Quatrième Convention de Genève et ne respecte pas ses obligations selon l’article 2 du traité de coopération avec l’Union européenne. En conséquence ce dernier doit être suspendu.

Avec nos sentiments respectueux,

Ivar Ekeland, Président de l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP)

Jonathan Rosenhead, Chair, British Committee for the Universities of Palestine (BRICUP)

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Liste des signataires

[1Comment Israël s’en prend au système éducatif palestinien, lettre de l’AURDIP et du BRICUP à Federica Mogherini, Haut-Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et à Carlos Moedas, Commissaire européen à la recherche, à l’innovation et à la science, en date du 22 février 2015.

[2L’article 2 de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël stipule que « les relations entre les partis, ainsi que toutes les dispositions de l’accord lui-même, sont fondées sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, qui guide leur politique intérieure et internationale et constitue un élément essentiel de cet accord ».

[7Palestinian university closes due to Israeli threats to storm it, Middle East Monitor, 13 octobre 2015.

[8“Israel’s Arbitrary Killings and its System of Structural Violence”, rapport de l’Observatoire Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme, 16 octobre 2015 (résumé français).

[9L’université Birzeit été fermée sur ordre de l’armée quinze fois, la fermeture la plus longue durant quatre ans et demi (1988-1992) pendant la première Intifada. Pendant cette période, les militaires israéliens ont fermé toutes les crèches, toutes les écoles et toutes les universités palestiniennes, rendant de fait l’éducation illégale. Les étudiants et les universitaires risquaient l’arrestation s’ils faisaient cours, défiant l’oppression militaire, et le seul acte de porter un manuel suffisait à justifier interrogatoire et détention. History of the Right to Education Campaign at Birzeit University

[10Les universités palestiniennes sous l’occupation, rapport préparé par une délégation de 8 universitaires, originaires de 5 pays européens, représentant la plateforme européenne pour le boycott académique et culturel d’Israël (EPACBI) et qui ont visité sept universités et académies palestiniennes en avril 2015.

[11L’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et les articles 13 & 14 de la Convention internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels.