Appel d’un groupe de Palestiniens chrétiens *

Conseil oecuménique des Eglises, vendredi 19 mars 2010

S’élevant contre l’occupation, un groupe de chré­tiens pales­ti­niens, après avoir prié, réfléchi et échangé sur leur épreuve liée à l’occupation israé­lienne, expriment une "parole de foi, d’espérance et d’amour". Ils adressent à leurs frères et sœurs dans toutes les Eglises la question sui­vante : pouvez-​​vous nous aider à retrouver notre liberté ? Ainsi seulement vous aiderez les deux peuples de cette terre à par­venir à la justice, à la paix, à la sécurité et à l’amour.

L’appel, intitulé "Un moment de vérité" et publié lors d’une réunion qui s’est tenue le 11 décembre à Bethléem, inter­vient alors que de nom­breux Pales­ti­niens ont le sen­timent de se trouver dans une impasse. Il fait écho à une démarche simi­laire engagée par les Eglises sud-​​africaines au milieu des années 1980, au paroxysme de la répression sous le régime d’apartheid. Cet appel avait permis de gal­va­niser les Eglises et l’opinion publique à travers un effort concerté qui avait fini par entraîner la chute de l’apartheid.

Les auteurs du document - le patriarche émérite Michel Sabbah, du Patriarcat latin de Jéru­salem, l’évêque luthérien de Jéru­salem Munib Younan, l’archevêque Theo­dosios Atallah Hanna de Sebastia, du Patriarcat orthodoxe grec de Jéru­salem et 13 autres théo­lo­giens des diverses Eglises chré­tiennes de Palestine - inter­pellent les res­pon­sables poli­tiques des sociétés pales­ti­nienne et israé­lienne, la com­mu­nauté inter­na­tionale et leurs "frères et sœurs dans nos Eglises". Ils leur demandent de jouer un rôle pour répondre à l’aspiration à la liberté du peuple pales­tinien et insistent sur la nécessité urgente d’une paix établie dans la justice.

Un présent d’oppression

Exprimant leur douleur, les signa­taires de l’appel dénoncent le non abou­tis­sement des pro­messes sur la paix dans la région. Ils attirent l’attention du monde sur le mur de sépa­ration érigé en ter­ri­toire pales­tinien, le blocus de Gaza, les ravages causés à leurs terres par les colonies israé­liennes, l’humiliation aux points de contrôle, les res­tric­tions en matière de liberté reli­gieuse et le contrôle des accès aux lieux saints, le sort des réfugiés attendant leur droit au retour et des pri­son­niers crou­pissant dans les prisons israé­liennes, le mépris mani­feste d’Israël pour le droit inter­na­tional ainsi que la para­lysie de la com­mu­nauté inter­na­tionale face à cette tragédie.

Rejetant l’argument de la légitime défense avancé par Israël pour jus­tifier ses agis­se­ments, ils déclarent sans ambi­guïté que s’il n’y avait pas d’occupation, "il n’y aurait pas de résis­tance ; il n’y aurait eu non plus ni peur ni insécurité."

Pour l’espérance, la justice et l’amour

Selon eux, "Dieu nous a créés non pour que nous nous dis­pu­tions et nous affron­tions," mais pour "édifier ensemble cette terre, par notre amour et notre respect mutuel." Ils ajoutent croire que leur terre "a une vocation uni­ver­selle" et affirment que "la pro­messe de la terre ne fut jamais un titre d’appropriation poli­tique. Elle est plutôt une intro­duction au salut uni­versel". Par ailleurs, le "lien avec cette terre est une question exis­ten­tielle. Ce n’est pas seulement une question d’idéologie ou de théorie théo­lo­gique", disent-​​ils. En outre, ils rejettent toute uti­li­sation de la Bible pour légi­timer ou sou­tenir des choix et des posi­tions poli­tiques qui se fondent sur l’injustice.

Qua­li­fiant l’occupation des terres pales­ti­niennes de péché à l’encontre de Dieu et de l’humanité, ils s’accrochent fer­mement aux signes d’espoir, tels que les "centres locaux de théo­logie" et les "nom­breux dia­logues inter­re­li­gieux", affirmant que ces signes apportent de l’espoir à la résis­tance à l’occupation. Dans une approche paci­fique, la résis­tance est autant un droit qu’un devoir, car elle a la capacité de hâter le moment de la récon­ci­liation. Or cette résis­tance doit suivre la logique de l’amour. Elle doit être créative, c’est-à-dire qu’il lui faut trouver les moyens humains qui parlent à l’humanité de l’ennemi lui-​​même. Le Christ nous a donné un exemple à suivre. Nous devons résister au mal, mais il nous a enseigné de ne pas résister au mal par le mal.

Entrer en résistance

Le groupe affirme que le moment présent exige de se repentir pour les actions passées - soit pour avoir recouru à la haine en tant qu’instrument de résis­tance, soit en s’étant montré indif­férent ou en ayant vu la situation à travers le prisme de posi­tions théo­lo­giques erronées - et appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale et les Pales­ti­niens à faire preuve de fermeté. "Venez et voyez", appellent-​​ils, afin de "faire connaître la vérité".

Ils demandent à la com­mu­nauté inter­na­tionale de cesser la pra­tique "des deux poids, deux mesures" et d’appliquer à toutes les parties les réso­lu­tions inter­na­tio­nales qui ont trait à la question pales­ti­nienne. Car l’application de la loi inter­na­tionale aux uns et sa non-​​application aux autres laisse la porte grande ouverte à la loi de la jungle. Ils pré­cisent : "Nous vous invitons aussi à écouter l’appel des orga­ni­sa­tions civiles et reli­gieuses pour com­mencer à appliquer à l’égard d’Israël le système des sanc­tions écono­miques et du boycott. Nous le répétons encore une fois, il ne s’agit pas de se venger, mais de par­venir à une action sérieuse pour une paix juste et défi­nitive, qui mette fin à l’occupation israé­lienne des Ter­ri­toires pales­ti­niens, et qui garan­tisse la sécurité et la paix à tous".

Ils concluent avec émotion : "En l’absence de tout espoir, nous faisons entendre aujourd’hui notre cri d’espoir. Nous croyons en un Dieu bon et juste. Nous croyons que sa bonté finira par triompher sur le mal de la haine et de la mort qui règnent encore sur notre terre. Et nous finirons par entrevoir une "terre nou­velle" et un "homme nouveau", capable de s’élever par son esprit jusqu’à l’amour de tous ses frères et sœurs qui habitent cette terre."