Appel au Par­lement européen : Défenseur pales­tinien des droits de l’Homme en Israël, Ameer Makhoul est aux mains du Shabak

Centre Mossawa, Adalah et plusieurs associations européennes dont l’Afps, vendredi 21 mai 2010

L’arrestation de Makhoul, directeur d’Ittijah, détenu au secret plu­sieurs jours, privé de contact avec son avocat et pro­ba­blement torturé, est carac­té­ris­tique de la poli­tique israé­lienne contre les ONG et mili­tants qui défendent les droits humains.

A Mme Heidi Hautala, pré­si­dente du Sous-​​comité des Droits de l’Homme du Par­lement Européen :

Les ONG sous­si­gnées, basées en Europe et en Israël, aime­raient res­pec­tueu­sement attirer l’attention du Sous-​​comité des Droits de l’Homme du Par­lement Européen sur la situation en dété­rio­ration per­ma­nente de la pro­tection des droits de l’Homme en Israël.

Le dernier évènement en date, qui suit une inquié­tante série d’incidents de vio­lation des droits de l’Homme, est l’arrestation du défenseur des droits de l’Homme Ameer Makhoul, directeur de l’organisation Arabe Ittijah, qui regroupe plu­sieurs orga­ni­sa­tions arabes locales.

M. Makhoul a été arrêté le jeudi 6 mai à 3h10 du matin, dans sa maison, devant sa femme et ses enfants, par 16 poli­ciers et agents des ser­vices secrets. Immé­dia­tement après, le gou­ver­nement a imposé une inter­diction de publier le nom de M. Makhoul, ainsi que plus géné­ra­lement d’aborder son arres­tation. Cette inter­diction n’a été levée que le 10 mai, après que les avocats de M. Makhoul aient soumis une demande au tri­bunal. La détention de M. Makhoul, qui devait à l’origine durer 6 jours, a été étendue à 12 jours par ce même tri­bunal, qui a également confirmé l’interdiction faite à M. Makhoul de voir un avocat. Lundi 17 mai, pour la pre­mière fois en 11 jours, M. Makhoul a pu s’entretenir avec son avocat, seulement 10 minutes [1].

En avril dernier, plu­sieurs ONG et députés euro­péens ont attiré l’attention du Par­lement Européen sur une pro­po­sition de loi pré­sentée à la Knesset (Par­lement israélien) en début d’année sur le finan­cement des ONG. Cette loi obli­gerait les ONG ayant un but poli­tique (notion définie dans la pro­po­sition de loi comme le fait, pour une ONG, de « chercher à influencer l’opinion publique ») à s’enregistrer comme « parti poli­tique » (perdant par la-​​même leur exo­né­ration d’impôt et la pos­si­bilité de demander cer­tains finan­cement aux ins­ti­tu­tions publiques inter­na­tio­nales). Les ONGs ciblées se ver­raient ainsi dans l’obligation sys­té­ma­tique d’obtenir l’autorisation de l’Etat pour demander ou recevoir des sub­ven­tions de la part de toute entité étrangère, l’Union Euro­péenne incluse. Il va s’en dire que si cette loi devait être adoptée, elle pourrait asphyxier la société civile en Israël et par­ti­cu­liè­rement, les ONGs de défense des droits de l’Homme. La pro­po­sition de loi a passé l’étape de la pre­mière lecture à la Knesset et est actuel­lement en cours de deuxième et troi­sième lectures.

Cette pro­po­sition sur­vient après une série d’incidents qui ont eu lieu cette année, à la suite de la publi­cation du « rapport Gold­stone » par les Nations-​​Unies, tels que les reven­di­ca­tions anti-​​ Nouveau Fonds Israélien (New Israeli Fund (NIF)) du groupe étudiant extré­miste Im Tirtzu, lar­gement média­tisées et sou­tenues par plu­sieurs orga­ni­sa­tions israé­liennes, notamment l’organisation de sur­veillance des ONGs. Adalah, l’Association pour les Droits Civils en Israël (ACRI) ainsi que plu­sieurs autres ONGs impor­tantes ont été atta­quées par cette cam­pagne de déni­grement qui a été suivie par l’introduction, en avril 2010, d’une pro­po­sition de loi dont l’objet est de per­mettre au registre des ONGs ou au Pro­cureur de pros­crire les asso­cia­tions qui sont impli­quées, soit direc­tement, soit indi­rec­tement en tant que source d’informations, dans des procès intentés à l’étranger contre des hauts-​​représentants de l’armée ou du gou­ver­nement israé­liens pour crimes de guerre. De plus, au cours des 12 der­niers mois, les direc­teurs de l’ACRI, du Mossawa Center et du Centre Israélien d’Action Reli­gieuse (Israel Reli­gious Action Center) ont été arrêtés dans une ten­tative d’intimidation afin de les décou­rager de leurs acti­vités de pro­motion et de pro­tection des droits de l’Homme et des valeurs démo­cra­tiques en Israël. D’autre part, en quelques mois, plu­sieurs son­dages alar­mants ont révélé que 57,6% des sondés esti­maient que les orga­ni­sa­tions de défense des droits de l’Homme qui dénon­çaient publi­quement des conduites immo­rales de la part d’Israël ne devraient pas être auto­risées à opérer librement (sondage du Centre Tami Steinmetz pour la Recherche pour la Paix de l’Université de Tel Aviv).

La situation d’urgence pro­voquée par ces vio­la­tions suc­ces­sives des droits de l’Homme en Israël, ainsi que l’absence visible de pro­tection des défen­seurs des droits de l’Homme poussent les ONGs sous­si­gnées à demander une audience immé­diate à la Sous-​​Commission Droits de l’Homme du Par­lement Européen.

Au-​​delà de la res­pon­sa­bilité fon­da­mentale de pro­motion de la valeur uni­ver­selle de démo­cratie qui est au coeur de l’Union Euro­péenne, la relation spé­ciale qu’entretient cette der­nière avec Israël, telle que gravée dans la poli­tique euro­péenne de voi­sinage, dans l’Accord d’Association et le Plan d’Action UE-​​Israël, requiert que l’Union Euro­péenne n’accepte d’Israël que le respect le plus absolu des stan­dards qu’elle promeut depuis sa création en matière de droits de l’Homme et de valeurs démocratiques.

Sincères salutations,

Jafar Farah,

directeur du Centre Mossawa [2]

Associations européennes :

Association France-​​Palestine Solidarité – Jean-​​Claude Lefort, Président

Euro-​​Mediterranean Human Rights Network – Marc Schade-​​Poulsen, Exe­cutive Director

Fédé­ration Inter­na­tionale des Droits de l’Homme – Souhayr Bel­hacen, Pré­si­dente, dans le cadre de l’Observatoire pour la pro­tection des défen­seurs des droits de l’Homme

French Jewish Union for Peace (UJFP) – Michèle Sibony and André Rose­vègue, Co-​​chairmen

Génération Palestine-​​France – Omar Soumi, President

Orga­ni­sation Mon­diale Contre la Torture (OMCT) – Eric Sottas, Secré­taire Général, dans le cadre de l’Observatoire pour la pro­tection des défen­seurs des droits de l’Homme

Plateforme des ONGs Françaises pour la Palestine – Bernard Ravenel, Président

Associations de défense des droits humains en Israël :

Adalah, the Legal Center for Arab Minority Rights in Israel – Hassan Jabareen, Director [3]

Mossawa Center – Jafar Farah, Director

[1] voir Amnesty inter­na­tional :

Israël doit mettre fin au har­cè­lement infligé à un défenseur des droits humains

12 mai 2010

Amnesty Inter­na­tional demande aux auto­rités israé­liennes de mettre fin au har­cè­lement infligé à un défenseur des droits humains dont la détention qui dure depuis une semaine a été pro­longée ce mercredi 12 mai 2010.

Ameer Makhoul, citoyen pales­tinien d’Israël, a été arrêté lors d’une des­cente effectuée à son domicile à Haïfa, dans le nord d’Israël, par les forces de police et les ser­vices de sécurité israé­liens à l’aube du 6 mai. Il a été inculpé de « contact avec un agent étranger » sur la base de « preuves secrètes ».

« Ameer Makhoul est un éminent défenseur des droits humains, bien connu pour son mili­tan­tisme au sein de la société civile en faveur des citoyens pales­ti­niens d’Israël, a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du pro­gramme Moyen-​​​​Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Son arres­tation et son maintien en détention sentent le har­cè­lement pur et simple, destiné à entraver son travail en faveur des droits fon­da­mentaux. Si tel est le cas, nous le consi­dé­rerons comme un pri­sonnier d’opinion et deman­derons sa libé­ration immé­diate et inconditionnelle. »

Durant toute sa détention, Ameer Makhoul n’a pas pu consulter d’avocat. Le médecin de la prison où il est incarcéré a informé son avocat qu’il souf­frait de maux de tête.

Le matin de son arres­tation, Ameer Makhoul a été conduit au centre d’interrogatoire de Petah Tikva et, lors d’une audience tenue ce même jour, l’autorisation a été donnée de le main­tenir en détention pendant six jours. Mercredi 12 mai, sa détention a été pro­longée jusqu’au 17.

Selon l’épouse d’Ameer, Janan Makhoul, au cours de la des­cente effectuée à leur domicile, les forces de sécurité ont saisi des télé­phones et des ordi­na­teurs por­tables, un appareil photo et divers documents.

Cette même matinée, des membres des forces de sécurité israé­liennes ont également per­qui­si­tionné les bureaux de l’association Ittijah à Haïfa, où tra­vaille Ameer Makhoul.

Il s’était déjà vu interdire tout dépla­cement pendant deux mois le 21 avril par le ministre israélien de l’Intérieur Eli Yishai, qui avait alors déclaré que sa sortie du ter­ri­toire consti­tuait « une menace sérieuse pour la sécurité de l’État ».

Le militant pales­tinien n’a appris cette inter­diction que lorsqu’il a tenté de quitter Israël le 22 avril, date à laquelle il devait débuter une série de ren­contres avec des mili­tants de la société civile en Jordanie.

Amnesty Inter­na­tional s’est entre­tenue avec Ameer Makhoul fin avril ; il s’est dit pré­occupé au regard de cette inter­diction de voyager, qui s’inscrit dans une poli­tique plus large de répression contre les acti­vités poli­tiques paci­fiques des citoyens pales­ti­niens d’Israël, jus­tifiée par des « ques­tions de sécurité ».

En janvier 2009, la Com­mission cen­trale israé­lienne des élec­tions a interdit à l’Assemblée démo­cra­tique nationale, parti qui détient actuel­lement trois sièges à la Knesset (Par­lement israélien) et demande à Israël de devenir « un État pour tous ses citoyens », et à la Ligue arabe unie, qui compte quatre par­le­men­taires, de se pré­senter aux élec­tions géné­rales israé­liennes au motif que ces partis sou­te­naient le ter­ro­risme et « ne recon­nais­saient pas l’existence d’Israël en tant qu’État juif et démocratique ».

La Haute Cour de justice israé­lienne a par la suite infirmé l’interdiction pesant sur les deux partis.

Le 24 avril, Omar Said, militant de l’Assemblée démo­cra­tique nationale, a été arrêté par les autorités israéliennes.

Au départ, la presse israé­lienne s’est vue interdire de s’exprimer sur la détention d’Ameer Makhoul et d’Omar Said.

Après la levée de cette inter­diction, des infor­ma­tions parues dans les médias israé­liens lundi 10 mai ont fait état de l’arrestation des deux hommes, fondée sur des accu­sa­tions d’espionnage et de contact avec un agent étranger du Hezbollah libanais.

Ameer Makhoul est directeur général d’Ittijah, qui œuvre au nom de la com­mu­nauté pales­ti­nienne d’Israël depuis sa création en 1995.

Il préside également le Comité public pour la défense de la liberté poli­tique au sein du Comité supé­rieur arabe de sur­veillance en Israël.

« Dans l’éventualité peu pro­bable que des motifs sérieux invitent à pour­suivre Ameer Makhoul, il doit être inculpé d’infractions prévues par la loi et com­pa­raître en justice dans les meilleurs délais et dans le plein respect des normes inter­na­tio­nales d’équité », a conclu Philip Luther. http://​www​.amnesty​.org/​f​r​/​n​e​w​s​-and-…

Par ailleurs des craintes sérieuses appa­raissent sur les méthodes d’intérrogatoire de A. Makhoul par les ser­vices du Shabak : Ainsi Adalah, en anglais, rap­porte que l’avocat de A. makhoul, qui s’est vu refuser l’accès à son dossier médical, craint qu’il ait été soumis à la torture :

De graves soupçons pèsent sur le Shabak (ser­vices internes de ren­sei­gnement israé­liens) quant à l’utilisation de méthodes illé­gales pendant les inter­ro­ga­toires de Ameer Makhoul, défenseur des droits humains

Serious Sus­picion of Shabak (GSS) Use of Illegal Methods of Inter­ro­gation Against Human Rights Defender Ameer Makhoul

News Update 18 May 2010

Serious Sus­picion of Shabak (GSS) Use of Illegal Methods of Inter­ro­gation Against Human Rights Defender Ameer Makhoul

Today 18 May 2010, Mr. Ameer Makhoul, the director of the Arab NGO network "Ittijah" and a human rights defender, met with his legal defense team after the order pro­hi­biting his meeting with a lawyer was lifted last night by the Petakh Tikvah Magis­trates’ Court during an extension of detention hearing held on the case. In the meeting today, the legal defense team - com­prised of Attorney Hussein Abu Hussein and Adalah Attorneys Orna Kohn and Hassan Jabareen - found that during the twelve days in which they were not allowed to meet with Mr. Makhoul that the General Security Ser­vices (GSS or Shabak) inter­ro­gators had used pro­hi­bited methods of inter­ro­gation in vio­lation of the absolute pro­hi­bition on torture under inter­na­tional law and Israeli Supreme Court decisions.

The concerns of the legal defense team were raised last night, the first time that the lawyers met Mr. Makhoul since his arrest and detention on 6 May 2010.

After the meeting today, the sus­pi­cions of the legal defense team about Mr. Makhoul being subject to torture were heigh­tened, espe­cially after their request to release his medical records was refused. The legal defense team is consi­dering legal actions concerning this matter.

The court has extended Mr. Makhoul’s detention until Thursday 20 May 2010.

http://​www​.adalah​.org/​e​n​g​/​p​r​e​s​srele…

[2] Jafar Farah,

directeur du Centre Mossawa
—  Mossawa Center,

The Advocacy Center for Arab Citizens of Israel

P.O.B. 4471, Haifa 31043 ISRAEL

Tel : +972 4 855 5901/​​2 Fax +972 4 855 2772

[3] 94 Yaffa Street, PO Box 8921, Haifa 31090, Israel T ++972 (4) 9501610 F ++972 (49503140