Amnon Kapeliouk est mort

Le Monde diplomatique, samedi 27 juin 2009

Jour­na­liste engagé, homme de conviction, Amnon, qui avait acquis la natio­nalité fran­çaise, était né en Palestine sous mandat britannique.

Notre col­la­bo­rateur Amnon Kape­liouk est mort. Agé de 78 ans, il avait envoyé son premier article au Monde diplo­ma­tique en janvier 1969, « Israël et les deux super puis­sances », un texte consacré aux Pales­ti­niens des ter­ri­toires occupés. En juin 1972 déjà, il signait dans nos colonnes une étude inti­tulée : « L’implantation des colonies israé­liennes dans les ter­ri­toires occupés crée des faits accomplis irré­ver­sibles ». Né en Palestine sous mandat bri­tan­nique, il a tra­vaillé dans plu­sieurs organes de presse israé­liens, notamment le journal de gauche Al-​​Hamishmar et le plus grand quo­tidien israélien, Yediot Aha­ronot, dont il fut le cor­res­pondant à Moscou à la fin des années 1980, alors que s’achevait la per­es­troïka et que naissait la nou­velle Russie.

Jour­na­liste engagé, homme de conviction, Amnon, qui avait acquis la natio­nalité fran­çaise, a pu notamment couvrir le déve­lop­pement de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP), et ren­contrer ses divers diri­geants, à une époque où le gou­ver­nement israélien les taxait de « ter­ro­risme ». En août 1982, alors que l’armée israé­lienne encer­clait et bom­bardait Bey­routh, il avait pu inter­viewer Yasser Arafat avec lequel il main­tiendra d’étroites rela­tions et auquel il consa­crera un livre, Arafat, l’irréductible (Fayard, 2004). Il publiera aussi, en 1982, Sabra et Chatila, enquête sur un mas­sacre (Le Seuil), un livre qui revient sur la bou­cherie menée par les milices d’extrême droite liba­naises dans les deux camps pales­ti­niens du Liban, en sep­tembre 1982, sous l’œil com­plaisant des troupes israéliennes.

Par­tisan des accords d’Oslo de 1993, dont il espérait qu’ils débou­che­raient sur la création d’un Etat pales­tinien, il cri­tiqua néan­moins sans com­plai­sance la poli­tique israé­lienne qui suivit, mon­trant comment le non-​​respect des enga­ge­ments pris conduisait à une impasse. Il fut le premier jour­na­liste occi­dental, dès le mois de sep­tembre 2000, à expliquer ce qui s’était vraiment passé au sommet de Camp David (juillet) entre Arafat, Ehoud Barak et le pré­sident Clinton, et à montrer que les pro­po­si­tions israé­liennes ne cor­res­pon­daient ni au droit inter­na­tional ni à la parole donnée.

Amnon a écrit son dernier article dans Le Monde diplo­ma­tique de mars 2009 sur « Le combat soli­taire de Haaretz ».

Il laissera le sou­venir d’un jour­na­liste infa­ti­gable, d’un homme déterminé, d’un ami cha­leureux. L’équipe du Monde diplo­ma­tique exprime à sa veuve Olga, elle aussi col­la­bo­ra­trice de notre mensuel, ainsi qu’à sa famille, ses sin­cères condoléances.