Amnon Kape­liouk ; Les défen­seurs d’une paix juste au proche Orient ont perdu un des leurs

C. Léostic, Afps, lundi 29 juin 2009

Amnon Kape­liouk, inlas­sable militant laïque des valeurs uni­ver­selles de justice et du droit des peuples, huma­niste et homme engagé, jour­na­liste cou­rageux, Israélien de gauche anti-​​ sio­niste, nous a quittés.

L’Afps adresse ses condo­léances attristées et soli­daires à sa famille, ainsi qu’aux mili­tants israé­liens anti­co­lo­nia­listes qui comme Amnon se battent contre l’occupation inique de la Palestine ainsi qu’ aux Pales­ti­niens dont il défendait la juste cause.

Avec tous ceux et celles en Palestine, en Israël et partout dans le monde, qui croient que seuls la justice et le droit, la recon­nais­sance des droits nationaux légi­times du peuple pales­tinien, aujourd’hui constamment bafoués par les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs, créeront les condi­tions pour arriver à la paix, nous saluons un homme de conviction, nous regrettons un ami.  [1]

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Amnon Kapeliouk, un ami précieux s’en va

Les obsèques du jour­na­liste israélien, infa­ti­gable défenseur des droits nationaux du peuple pales­tinien, ont eu lieu hier à Jéru­salem. Israël perd un de ses justes et la Palestine un ami.C’est un homme et un jour­na­liste hors du commun qui nous a quittés ven­dredi. Un ami aussi. Amnon Kape­liouk, jour­na­liste au Yediot Aha­ronot, mais qui col­labora aussi à l’AFP, au Monde et au Monde diplo­ma­tique, dont il était tou­jours le cor­res­pondant, est mort le 26 juin à Jéru­salem des suites d’une opé­ration subie il y a six semaines. Nos pensées vont à son épouse Olga, à ses deux filles et à ses petites-​​​​filles. Elles vont aussi à tous ses amis pales­ti­niens, qu’ils vivent en Israël, en dia­spora ou dans les ter­ri­toires occupés et aux paci­fistes et pro­gres­sistes israé­liens, aujourd’hui en deuil.

Enfant d’un milieu juif progressiste

Amnon Kape­liouk, né en 1931 dans ce qui était alors la Palestine sous mandat bri­tan­nique, était fier de montrer le pas­seport sur lequel était men­tionné comme pays de nais­sance « Palestine ». Enfant d’un milieu juif pro­gres­siste et ouvert sur le monde, il côtoie très jeune les Arabes de Palestine et apprend leur langue qu’il parlait aussi cou­ramment que l’hébreu. Il fait des études de phi­lo­sophie en France avec son épouse Olga, qui deviendra une remar­quable lin­guiste mon­dia­lement connue. C’est ainsi qu’il obtient la natio­nalité fran­çaise, ce qui lui per­mettra d’avoir accès à nombre de pays arabes où il effec­tuera des repor­tages excep­tionnels dans la presse israé­lienne. Il tra­vaille d’abord pour le journal de la gauche sio­niste Al Hamishmar, puis pour le quo­tidien à grand tirage Yediot Aha­ronot dont il sera un temps cor­res­pondant à Moscou.

Très engagé à gauche, proche des com­mu­nistes, Amnon Kape­liouk est, comme son épouse, anti­sio­niste et laïc convaincu. Opposé aux guerres suc­ces­sives d’Israël, il milite pour l’évacuation des ter­ri­toires occupés et pour la création d’un État pales­tinien. Surtout, il est un par­tisan du dia­logue israélo-​​​​palestinien et prend des risques à un moment où tout contact avec l’OLP est considéré par Israël comme un crime. En 1982, pendant l’invasion israé­lienne du Liban, il réussit à briser deux fois le siège de Bey­routh. La pre­mière fois, en juin, après avoir tra­versé le Sud-​​​​Liban dévasté der­rière les chars de l’armée israé­lienne avec la cor­res­pon­dante de l’Humanité. Il a alors un rendez-​​​​vous avec Yasser Arafat que nous atten­drons en vain dans un sous-​​​​sol de Beyrouth-​​​​Ouest. La deuxième fois, en août, où le chef de l’OLP est au rendez-​​​​vous et où Amnon Kape­liouk réalise une interview excep­tion­nelle de celui qu’Israël cherche par tous les moyens à abattre.

Les deux hommes devien­dront amis et Amnon Kape­liouk sera là dans tous les grands moments : en 1988 à Alger quand l’OLP reconnaît l’État d’Israël et annonce la création d’un État pales­tinien sur la Cis­jor­danie et la bande de Gaza. Plus tard, après les accords d’Oslo, quand Arafat revenu en terre de Palestine s’installe à Gaza, puis à la Moukata de Ramallah où il est assiégé par son ennemi acharné Sharon et où il mourra en 2004. Quelques mois avant cette mort - dont Amnon pensait qu’elle avait été pro­voquée par un empoi­son­nement -, nous avions fait ensemble une der­nière interview d’Arafat à la Moukata. Il mettait alors la der­nière main à une impor­tante bio­graphie inti­tulée Arafat, l’irréductible (Éditions Fayard). Il était également l’auteur de plu­sieurs autres ouvrages dénonçant les crimes d’Israël. Citons notamment Sabra et Chatila, enquête sur un mas­sacre (Éditions du Seuil, 1982), et Rabin, un assas­sinat poli­tique (1996). Il y dénonçait la res­pon­sa­bilité de la droite ultra­na­tio­na­liste dans le meurtre de l’homme qui avait eu le courage de serrer la main du chef de l’OLP.

« invité de la semaine »

Amnon Kape­liouk était aussi, nous ne l’oublierons jamais, un grand ami de notre journal, notamment de Jacques Coubard avec qui il avait effectué des repor­tages. Il avait à plu­sieurs reprises par­ticipé à la Fête de l’Humanité, donné de nom­breuses inter­views et points de vue et accepté d’être notre « Invité de la semaine ». Israël perd un de ses justes. Et nous un ami précieux.

Françoise Germain-​​​​Robin

http://​www​.humanite​.fr/​2009​-​06​-29_I…