Alstom est exclu d’un fonds de pension à cause de sa participation à l’occupation des territoires palestiniens par Israël

Le fond de pensions suédois AP7 est la dernière institution à suivre l’exemple de l’investissement socialement responsable de la ASN Bank hollandaise en excluant la société de transport française Alstom .

Adri Nieuwhof, lundi 6 avril 2009

Alstom est exclu à cause de sa participation à l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Les militants et les chercheurs proclament que les compagnie françaises Alstom et Veolia sont directement impliquées dans le maintien des colonies illégales des Territoires Occupés Palestiniens et jouent un rôle essentiel dans la tentative de rendre l’annexion de Jérusalem Est irréversible. C’est la raison pour laquelle la Dutch ASN Bank a décidé d’exclure Veolia de ses portefeuilles en plus des compagnies qui tirent bénéfice de l’occupation.

D’autres banques depuis ont suivi la démarche de ASN Bank pour un investissement socialement responsable. C’est par différentes actions que les militants suédois ont informé le public sur le rôle des compagnies bénéficiant de l’occupation. L’organisation non gouvernementale Diacona Research informait en octobre 2008 sur l’usine du Barkan Industrial Park de la colonie de la rive ouest du Jourdain et amenait la décision de désinvestissement du propriétaire Assa Abloy.

A ce même moment Veolia signait à Stockolm un contrat d’investissement de 4,5 milliards de dollars sur 8 ans afin de construire le métro. Un journaliste suédois posa la question de l’implication de Veolia dans le projet du tramway israélien et dans la normalisation des colonies illégales. Lors de la manifestation du 15 Novembre 2008 « Carte rouge pour Veolia » il fut demandé aux passagers du métro de Stockolm d’épingler une carte rouge sur leur vêtement pour protester contre l’engagement de Veolia dans la construction du tramway de Jérusalem sur le territoire palestinien.

On pense que ce mouvement de protestation a contribué à ce que le fond de pension suédois AP7, l’un des plus gros investisseurs suédois et le plus connu pour l’éthique de ses investissements, mette Alshtom sur sa liste noire . AP7 qui gère un fond de pensions s’élevant à 90 milliards de Couronnes ( 15 milliards de dollars ), annonçait dans son rapport annuel de 2008 les compagnies qu’il excluait de sa liste pour des raisons éthiques .

Alstom était noté comme une compagnie dans laquelle AP7 aurait aimé investir . Cependant le rapport affirmait que, au vu de la participation de l’engagement d’ Alstom dans le projet du tramway de Jérusalem et donc de sa responsabilité dans les atteintes aux Droits de l’Homme, la compagnie n’était pas conforme aux critères d’investissement de AP7 [1].

De plus au milieu de l’année 2008 AP7 décidait de vendre toutes ses participations dans les compagnies fabriquant des bombes ou des armes atomiques . Le PDG Richard Grottheim annonça qu’il attendait que « d’autres fonds de pensions suivent son initiative » .

Le fait que AP7 qualifie Alstom d’« inadapté à ses investissements » devrait entrainer ce même type de conséquence. Le 16 mars le Sandwell Council (Conseil Sandwell) au Royaume Uni annonçait que Veolia ne figurait pas sur la courte liste des 3 compagnies retenues pour le contrat de la collecte et le recyclage de déchets pendant 25 ans, contrat de 1 milliard de livres (1.43 milliards de dollars ). La Campagne de Solidarité Palestine a initié la campagne Sandwell Bin Campaign (Campagne Sandwell des Poubelles) en demandant au public de signer une pétition exigeant que le Conseil exclue Veolia de la liste des contrats à approuver .

La pétition soutenait que Veolia devait être exclu du fait de son acceptation de contrats avec Jérusalem contrevenant à la loi internationale et aux résolutions de l’ONU. Interrogé sur les raisons de l’exclusion de Veolia de sa courte liste, le responsable de la communication du Sandwell Council affirma que les présumées activités de Veolia n’avaient eu aucun rôle dans le processus de décision. « En droit le Conseil ne permet pas que des raisons non commerciales influencent les choix de ses partenaires en ce qui concerne le recyclages de déchets et les services de nettoyages de rues à Sandwell » .

Cependant le 10 février 2009 dans un article publié par Electronic Intifada, cet auteur ainsi que l’attorney Daniel Machover affirmait que la loi estimait légal que l’on exclue Veolia des contrats publics en raison de « ses graves inconduites » . A Melbourne , Australie, la campagne Veolia décollera avec la campagne Dump Connex qui démarrera le 30 mars à propos dune filiale de Veolia qui gère les services de trains de Melbourne. Les militants vont distribuer 100 000 tracts aux usagers des trains de Melbourne. Les tracts expliqueront non seulement la colère des usagers contre les services de transport de mauvaise qualité mais aussi que Veolia a signé un contrat de 30 ans avec Israël pour diriger un tramway qui traverse les territoires occupés palestiniens. Les usagers sont invités à signer le tract et à l’adresser au Ministre des Transport de l’état Lynne Kosky. Adro Nieuwhof , Conseiller et Avocat des droits de l’Homme en Suisse .

[1voir aussi sur Backchich info :

L’implication d’Alstom et Véolia dans la construction d’un tramway à Jérusalem suscite la colère. Un procès est en cours contre les deux géants français depuis 2007 pour violation du droit international.

Il s’agissait à l’origine d’un projet ambitieux, né de la volonté de réduire la circulation et la pollution à Jérusalem. Mais très vite, la polémique a éclaté. Le tramway doit en effet relier le centre de Jérusalem à des colonies israéliennes, situées sur des territoires palestiniens annexés de fait depuis la guerre des Six jours en 1967 et jamais reconnus par la communauté internationale. D’autres tronçons prévus suivent la même logique, celle de relier les colonies par un réseau de transport en commun, permettant ainsi peu à peu de créer le « Grand Jérusalem » prôné par Ariel Sharon en 2005.

En 2002, le consortium City Pass a remporté un appel d’offre lancé conjointement par le gouvernement israélien et la ville de Jérusalem, empochant ainsi un contrat de 400 millions d’euros. City Pass regroupe des sociétés israéliennes et deux sociétés françaises. Alstom Transport, chargé de livrer le tramway, via sa filiale Citadis Israël Tld., et Veolia Transport (ex-Connex), chargé de sa future exploitation. A elles deux, les entreprises françaises détiennent 25% du capital de City Pass.

Alstom et Veolia sont empêtrées dans ce conflit qui les oppose à des ONG internationales de défenses des droits de l’homme. En France, une plainte avait été déposée contre elles en 2007 par l’association France Palestine Solidarité et une délégation française de l’OLP. Le motif repose sur la violation de la convention de Genève de 1949 et d’une résolution de l’ONU, dénonçant ainsi l’annexion illégale d’une partie du territoire palestinien par Israël.

Un tram-muet gênant

Egis Rail, société française d’ingénierie, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation, qui effectue régulièrement des missions pour le gouvernement israélien, est aussi impliquée dans cette affaire. L’un de ses représentants en France concernant ne souhaite cependant pas évoquer ce sujet « trop sensible » car trop politique : « on ne donne pas trop d’infos ».

Toute cette histoire met mal à l’aise notre petite diplomatie française. La France a joué un rôle dans la réalisation de ce contrat. Le gouvernement français maintien le même discours depuis le départ : « La participation française à la construction du tramway de Jérusalem est le fait d’entreprises privées. (…) Dès lors, la participation d’entreprises françaises à ce projet ne saurait être imputée à l’État français », avait expliquée la Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie au Sénat dès 2006. Du côté du Quai d’Orsay un représentant confirme cette position, tout en refusant d’être cité.

Pourtant en 2005, le gouvernement français avait soutenu cette initiative. Jean-Pierre Raffarin, alors Premier Ministre, s’était même réjoui du renforcement de la « coopération bilatérale » entre Israël et la France. Le contrat avait par ailleurs été finalisé en présence de l’ambassadeur de France Gérard Araud en juillet 2005 dans le bureau d’Ariel Sharon, premier ministre israélien de l’époque.

Le 2 février 2009, les juges se sont une nouvelle fois réunis sur ce dossier. Ils ont maintenant jusqu’au 10 avril prochain pour rendre un jugement sur leur compétence dans cette affaire. City Pass est une société de droit israélien, et c’est sur ce point qu’Alstom et Veolia jouent pour faire tomber la procédure intentée contre eux sur le territoire français.

A Jérusalem les travaux continuent

Sur place, à Jérusalem, l’actuel maire de Jérusalem, Nir Barkat, élu le 11 novembre dernier, a du mal à assumer les choix de son prédécesseur, Ouri Lupoliansky, sur ce sujet tant polémique que coûteux. Il a par ailleurs proposé de remplacer une partie du trajet du tramway par des lignes de bus. La quarantaine de tramways déjà livrés par Alstom reste pour le moment en dépôt, les travaux ayant pris du retard. Les lignes devraient être mises en activité en 2010, contre 2009 initialement. Les tramways, qui coûtent plus de 2 millions pièce, bénéficient d’un blindage résistant aux jets de pierres et à l’explosion de bombes, la direction d’Alstom n’a pas souhaité nous indiquer combien de tramway avaient déjà été livrés. Sur place 42 rames sont en dépôt en attendant leur mise en service.

L’un des derniers effets collatéral de cette polémique concerne la perte d’un marché public par Veolia en Suède. Le 20 janvier dernier, la mairie de Stockholm a concédé à une entreprise chinoise l’exploitation détenue depuis 10 ans par la société française, faisant perdre à Veolia l’un des plus gros marché public européen. Selon la municipalité de Stockholm, le motif est d’ordre commercial. Néanmoins les médias suédois indiquent qu’elle aurait subit des pressions par le biais d’envois massifs de courriers visant à contester le choix de Veolia comme prestataire, aux vues de ces violations du droit international.

Quand les colons prennent un tramway français Jérusalem / mercredi 1er avril par Gregory Salomonovitch, Marion Gay

http://www.bakchich.info/Israel-Quand-les-colons-prennent,07217.html