Alors que Mit­chell a reporté sa tournée dans la région : Vive tension à Jérusalem-​​Est

R.I., mercredi 17 mars 2010

Des heurts ont éclaté, hier, entre mani­fes­tants pales­ti­niens et poli­ciers israé­liens déployés en force à Jérusalem-​​Est, dans un climat de vives ten­sions politico-​​religieuses et de crise diplomatique [1]

Entre-​​temps, l’envoyé spécial amé­ricain George Mit­chell a retardé sa visite prévue à partir d’hier au Proche-​​Orient, au moment où les rela­tions entre les alliés israélien et amé­ricain connaissent un sérieux coup de froid en raison de la poli­tique de colo­ni­sation à Jéru­salem. A Jérusalem-​​Est, 15 Pales­ti­niens ont été arrêtés et deux poli­ciers ont été blessés lors d’accrochages dans la ville sainte, où 3000 membres des forces de l’ordre ont été déployés, a déclaré le porte-​​parole de la police, Micky Rosenfeld. Six mani­fes­tants ont été blessés et hos­pi­ta­lisés, selon le directeur des ser­vices des urgences du Croissant-​​Rouge pales­tinien, Amin Abou Ghazali [2].

Les Pales­ti­niens mani­fes­taient pour « la défense de Jéru­salem », au cœur des fric­tions avec Israël. Ils pro­tes­taient en par­ti­culier contre l’inauguration de la construction d’une syna­gogue dans la vieille ville et qui est perçue comme une nou­velle pro­vo­cation israé­lienne. Des heurts ont aussi eu lieu à Wadi Joz, autre quartier arabe du secteur oriental de Jéru­salem annexé en 1967, ainsi que dans la vieille ville où un policier israélien a été légè­rement blessé, et à Qalandiya, prin­cipal point de passage entre Jéru­salem et Ramallah, siège de l’Autorité pales­ti­nienne. La syna­gogue de la discorde

La police a maintenu l’interdiction d’accès à l’esplanade des Mos­quées, troi­sième lieu saint de l’Islam, aux fidèles musulmans âgés de moins de 50 ans, ainsi qu’à tous les visi­teurs non musulmans. L’inauguration lundi de la syna­gogue « sera le prélude à la vio­lence, à l’extrémisme et au fana­tisme reli­gieux, et cela ne se limite pas aux extré­mistes juifs mais inclut des membres du gou­ver­nement israélien », a averti Hatem Abdel Qader, res­pon­sable du dossier de Jéru­salem au Fatah, le parti du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas. Le mou­vement isla­miste Hamas, au pouvoir à Ghaza, a appelé à « une journée de la colère » hier, à laquelle des mil­liers de per­sonnes ont pris part dans la bande de Ghaza.

Les nou­veaux heurts à Jéru­salem – des affron­te­ments simi­laires ont eu lieu ces der­nières semaines – sur­viennent au moment où l’administration Obama s’efforce de ranimer un pro­cessus de paix moribond. Washington avait arraché la semaine der­nière, après des mois d’efforts, un « oui » pales­tinien à des négo­cia­tions indi­rectes avec Israël sous leur égide. Mais ces négo­cia­tions dites « de proximité » semblent mort-​​nées depuis le feu vert israélien le 9 mars à la construction de 1600 loge­ments dans un quartier de colo­ni­sation à Jérusalem-​​Est.

Ce feu vert a été annoncé durant la visite du vice-​​président Joe Biden, ce qui a pro­voqué la colère de Washington. L’Autorité pales­ti­nienne a dit qu’elle ne retour­nerait pas à la table des négo­cia­tions sans un arrêt complet de la colo­ni­sation. Signe de la vola­tilité de la situation, la mission de M. Mit­chell a été reportée et repro­grammée d’ici la fin mars, après la réunion du Quar­tette (Etats-​​Unis, ONU, Union euro­péenne et Russie) ven­dredi à Moscou.

[1] voir aussi

« Les rela­tions USA-​​​​Israël sont un sérieux sujet d’inquiétude »

Le pré­sident des Etats-​​​​Unis est accusé de chercher à faire tomber le gou­ver­nement Neta­nyahu. Le gou­ver­nement de droite du Premier ministre israélien, Ben­jamin Neta­nyahu, confronté à la pire crise de confiance avec l’Administration amé­ri­caine depuis des décennies, a ébauché sa contre-​​​​attaque en s’appuyant sur l’influent lobby pro-​​​​israélien à Washington.

L’annonce par Israël, durant la visite la semaine der­nière du vice-​​​​président amé­ricain, Joe Biden, d’un vaste projet de colo­ni­sation à Jérusalem-​​​​Est annexée, a déclenché une tour­mente diplo­ma­tique entre les deux pays, tra­di­tion­nel­lement proches alliés. L’ambassadeur d’Israël aux Etats-​​​​Unis, Michael Oren, cité par les médias, a estimé qu’il s’agissait de la crise « la plus grave depuis 35 ans » quand les Etats-​​​​Unis avaient contraint Israël à un retrait partiel du Sinaï égyptien, alors occupé par l’Etat hébreu. Offi­ciel­lement, M. Neta­nyahu s’abstient de cri­tiquer ouver­tement Barak Obama, pour éviter d’aggraver la polé­mique. Il a donné des consignes impé­ra­tives à ses ministres d’éviter de s’exprimer sur l’affaire.

Cela n’a pas empêché un ministre de son parti, le Likoud, inter­viewé sous couvert d’anonymat par le quo­tidien popu­laire Maariv, d’accuser le pré­sident Obama de « chercher à faire tomber le gou­ver­nement Neta­nyahu » et d’exploiter la crise pour obtenir des conces­sions d’Israël dans le pro­cessus de paix. Aux Etats-​​​​Unis, le groupe d’influence pro-​​​​israélien AIPAC (Ame­rican Israël Public Affairs Com­mittee), en contact étroit avec Israël, a cri­tiqué les récentes décla­ra­tions de l’Administration Obama sur les liens entre les Etats-​​​​Unis et Israël. Les remarques du gou­ver­nement amé­ricain « concernant les rela­tions entre les Etats-​​​​Unis et Israël sont un sérieux sujet d’inquiétude », a estimé l’AIPAC dans un com­mu­niqué publié dimanche. L’arme fatale d’Israël

La veille, le pré­sident d’une impor­tante orga­ni­sation juive, l’Anti Defa­mation League (ADL, Ligue Anti-​​​​Diffamation), Abe Foxman, s’était déclaré « aba­sourdi » par le fait que l’Administration (amé­ri­caine) « a passé publi­quement un savon à Israël sur la question de la construction à Jéru­salem ». « Il est de l’intérêt de nos deux pays de régler au plus vite ce dif­férend et je suis convaincu que nous y par­vien­drons, comme nous y sommes tou­jours par­venus dans le passé », a déclaré l’ex-ambassadeur d’Israël à Washington, Zalam Shaval, un membre du Likoud au pouvoir. M. Shaval a mis en garde contre le risque que des « cri­tiques amé­ri­caines trop sévères envers Israël, censées per­mettre une relance du pro­cessus de paix, aient l’effet contraire, en poussant les Pales­ti­niens à encore plus d’intransigeance ».

Pour le poli­to­logue Eytan Gilboa, la crise de confiance « est dans les deux sens, puisqu’Israël doute de la déter­mi­nation du pré­sident Obama à stopper le pro­gramme nucléaire iranien ». M. Neta­nyahu peut jouer de la « popu­larité décrois­sante d’Obama aux Etats-​​​​Unis, vu ses échecs sur le plan inté­rieur, notamment au sein de l’électorat juif qui a mas­si­vement voté pour lui », estime ce pro­fesseur de l’université Bar Ilan, près de Tel-​​​​Aviv. D’autres ana­lystes en Israël consi­dèrent en revanche qu’une large partie des juifs amé­ri­cains n’est pas prête à suivre l’AIPAC dans son soutien incon­di­tionnel à Israël. « Nous sommes en train de perdre le soutien de toute une aile du judaïsme amé­ricain, la gauche modérée, qui juge la poli­tique (de colo­ni­sation) de Neta­nyahu pro­vo­ca­trice », s’inquiétait hier le quo­tidien à grand tirage Yediot Aharonot.

Plu­sieurs membres de l’équipe Obama, dont Joe Biden, la secré­taire d’Etat, Hillary Clinton, et le prin­cipal conseiller du pré­sident, David Axelrod, ont cri­tiqué en termes très durs le projet immo­bilier à Jérusalem-​​​​Est et le moment choisi pour l’annoncer. Neta­nyahu et Hillary Clinton doivent tous deux s’exprimer lors de la confé­rence annuelle de l’AIPAC, prévue du 21 au 23 mars.

Par R. I. Agences.

ou encore le Nou­velObs

[2] des dizaines de blessés en fait au soir du 16 mars