Agir contre la répression de la résistance populaire en Cisjordanie

Afps, dimanche 31 janvier 2010

A l’initiative de l’AFPS, le mou­vement de soli­darité inter­na­tionale doit, sans relâche, s’adresser aux media pour que les opi­nions publiques soient informées sur ce qui se passe en Cis­jor­danie en termes de résis­tance non violente.

Une répression de plus en plus violente…

Dans la nuit du 27 au 28 janvier, Mohammed Khatib, un des coor­di­na­teurs des comités de résis­tance popu­laire en Cis­jor­danie a été arrêté à son domicile, investi et fouillé par l’armée israé­lienne. C’est la 35è arres­tation depuis un an d’un membre de la lutte non-​​violente à Bil’in contre le mur et les colonies. Abdallah Abu Rahma et Adeeb Abu Rahma, deux autres res­pon­sables du comité popu­laire de Bil’in sont sous les verrous.

La même nuit, l’armée a investi Ni’lin, forçant bru­ta­lement plu­sieurs maisons à la recherche de mili­tants de la résis­tance non-​​violente et arrêté Hamza Al-​​Khawaja, un jeune homme du village. C’était le 16è raid noc­turne subi par ce village depuis le 16 décembre (3 res­pon­sables du comité popu­laire local, Ibrahim Amirah, Hassan Mousa and Zaydoun Srour ayant été arrêtés lors du 14è raid). La répression est par­ti­cu­liè­rement brutale à Ni’lin avec plu­sieurs morts, de nom­breux blessés et 110 arres­ta­tions depuis Mai 2008, date à laquelle ce village s’est lancé dans la résis­tance non-​​violente.

Fin décembre un officier israélien a prévenu Mahmoud Zwareh, maire et res­pon­sable du comité de Al Ma’sara, que si les mani­fes­ta­tions ne ces­saient pas, lui et les autres res­pon­sables seraient arrêtés pour long­temps. Lors d’un raid noc­turne le 15 janvier, l’armée l’a prévenu que bientôt il y aurait mort d’homme ou d’adolescent ce dont le comité serait res­pon­sable. Lors de la mani­fes­tation heb­do­ma­daire pré­cé­dente ils ont eu à faire face à une pro­vo­cation vio­lente israé­lienne. En mai dernier des cau­tions exor­bi­tantes ont été exigées pour la remise en liberté de res­pon­sables du comité, inno­centés depuis par le tri­bunal militaire.

Depuis 2009, la répression par l’armée israé­lienne contre la résis­tance non-​​violente en Palestine est de plus en plus vio­lente, avec tirs non seulement de gre­nades lacry­mo­gènes et assour­dis­santes mais aussi de balles en caou­tchouc ou réelles, menaces, des­truction et saisie de biens per­sonnels, humi­lia­tions, recours aux arres­ta­tions arbi­traires tou­jours plus nom­breuses, dirigées par­ti­cu­liè­rement contre les leaders du mouvement.

…contre une résistance populaire qui monte en puissance

C’est que la résis­tance popu­laire se déve­loppe en Palestine. En 2008, Al Ma’sara et Ni’lin ont rejoint Bil’in qui a lancé la résis­tance non-​​violente en 2005 avec l’imagination et la réussite que l’on sait. Un comité de coor­di­nation réunissant 11 pôles de résis­tance non-​​violente a été constitué en avril 2009. Aujourd’hui, à Sheikh Jarrah (Jéru­salem Est), c’est de cette façon que Pales­ti­niens, Israé­liens et inter­na­tionaux luttent contre les expro­pria­tions de familles pales­ti­niennes. A Nabi Saleh (au nord de Ramallah), le village s’est lancé depuis quelques semaines contre l’occupation et la colo­ni­sation en renouant avec les modes d’action de la pre­mière intifada.

Dans un article publié dans Haaretz fin décembre intitulé "Danger : résis­tance popu­laire", la jour­na­liste Amira Hass expli­quait pourquoi ce qu’Israël craint le plus, c’est le déve­lop­pement des luttes popu­laires : « Ce qui est dan­gereux dans la lutte popu­laire, c’est qu’il n’est pas pos­sible de la qua­lifier de terroriste. »

Grâce au recours à la saisie d’images dif­fusées sur internet, les Pales­ti­niens per­mettent à tous ceux qui sont alertés de voir de quel côté est la vio­lence. Impos­sible d’oublier ces images mon­trant un tir à bout portant com­mandé par un officier contre un mani­festant de Bil’in maintenu à terre en 2009, pas plus que les arres­ta­tions bru­tales en ce début 2010 de femmes à Nabi Saleh ou d’israéliens anti-​​colonialistes à Sheikh Jarrah…

Mohammed Khatib, à la veille d’être arrêté, constatant l’extension du mou­vement et l’accroissement de la par­ti­ci­pation de Pales­ti­niens aux mani­fes­ta­tions déclarait dans une interview : "Nous sommes opti­mistes ; la résis­tance va se pro­pager comme cela s’est produit pour l’intifada (en 1987), par­tiel­lement à cause de l’impasse poli­tique, et surtout à cause des exac­tions com­mises par les colons que les forces armées israé­liennes laissent faire ; 2010 nous verra vaincre l’occupation".

Ceci explique la volonté d’Israël d’anéantir la résis­tance popu­laire palestinienne.

Faire cesser le silence et l’absence de pressions

Or que constatons nous ? Cer­tains media ignorent ce mou­vement et la répression dont il fait l’objet ou ne font pas l’effort pour s‘informer et informer. Les res­pon­sables poli­tiques occi­dentaux sont régu­liè­rement informés de la situation,par nous ONG, et par leurs chan­cel­leries res­pec­tives. Mais il restent silen­cieux. Le silence laisse libre Israël de continuer à s’efforcer d’écraser silen­cieu­sement un combat juste.

Qu’ont-ils fait d’illégal, ces combattants de la paix et de la liberté ?

Refuser la politique israélienne du fait accompli serait-​​il devenu un crime ?

Le fait de pro­tester contre un mur déclaré illégal par la cour inter­na­tionale de justice de La Haye constituerait-​​il un délit à punir ?

Ne pas accepter l’expropriation illégale des terres pales­ti­niennes, reconnues comme telles par le droit inter­na­tional, devrait-​​il être considéré comme acte subversif ?

A l’initiative de l’AFPS, le mou­vement de soli­darité inter­na­tionale doit, sans relâche, s’adresser aux media pour que les opi­nions publiques soient informées sur ce qui se passe en Cis­jor­danie en termes de résis­tance non vio­lente. Il doit inter­peller les res­pon­sables poli­tiques, Ministres, députés… en leur demandant de faire pression sur Israël contre cette répression et les vio­la­tions des droits de l’homme qu’elle signifie.

Il est à rap­peler que le Comité Popu­laire de Bil’In et les anar­chistes contre le mur (orga­ni­sation paci­fique israé­lienne) ont reçu, en Décembre 2008 à Berlin, la « médaille Carl von Ossietzky ». Médaille décernée par la Ligue Inter­na­tionale des Droits de l’Homme à ceux qui donnent l’exemple de la résis­tance non-​​violente. Ce sont Mohammed Khatib et Abdallah Abu Rahma qui ont fait le dépla­cement à Berlin pour recevoir la médaille.

Nous appelons les groupes locaux de l’Afps, les mili­tants du mou­vement de soli­darité et tous les citoyens attachés à la justice et au droit à pro­tester par courriel auprès du Ministère des Affaires étran­gères ainsi que de l’Ambassade d’Israël en France et à inter­peler leurs par­le­men­taires dans le même esprit.

Nous sommes réso­lument avec nos amis de Bil’in et des autres vil­lages luttant cou­ra­geu­sement contre l’occupation et la colo­ni­sation illégale !

Adresse du chef de cabinet de Bernard Kouchner : philippe.​errera@​diplomatie.​gouv.​fr

Adresse pour l’ambassade d’Israël en France :

information@​paris.​mfa.​gov.​il