Accords libano-​​palestinien du Caire (3 novembre 1969)

mercredi 16 février 2005

Le général Emile Boustani, com­mandant en chef de l’armée liba­naise, et Yasser Arafat signent, le 3 novembre 1969, au Caire un accord qui consacre le droit de la résis­tance pales­ti­nienne d’exister au Liban. Avec cet accord, qui autorise les fedayine à demeurer dans l’Arkoub, la fron­tière du Sud-​​Liban devient un front. Les Israé­liens, lors de l’invasion du Liban en 1982, affir­meront que l’accord du Caire a violé, et rendu caduc, l’accord d’armistice libano-​​israélien de 1949.

« Le lundi 3 novembre 1969 s’est déroulée au Caire une réunion entre une délé­gation liba­naise dirigée par le général Emile Boustani, com­mandant en chef et une délé­gation de l’Organisation de libé­ration de la Palestine dirigée par M. Yasser Arafat.

Assis­taient également à la réunion, du côté égyptien, M.  Mahmoud Riad, ministre des affaires étran­gères, et le général Mohamed Faouzi, ministre de la guerre.

En raison de leurs liens fra­ternels et de leur des­tinée commune, le Liban et la Révo­lution pales­ti­nienne ne peuvent avoir que des rela­tions empreintes de confiance, de fran­chise et de coopé­ration positive, et cela dans l’intérêt des deux parties et dans le respect de la sou­ve­raineté et de la sécurité du Liban.

Les deux délé­ga­tions ont conclu un accord sur les prin­cipes et les mesures suivants :

La présence palestinienne

Il a été décidé de réor­ga­niser la pré­sence pales­ti­nienne au Liban sur les bases suivantes :

1 - Droits de travail, de rési­dence et de dépla­cement reconnus aux Pales­ti­niens résidant actuel­lement au Liban.

2 - Création de com­mis­sions pales­ti­niennes locales à l’intérieur des camps afin d’assurer la sau­ve­garde de leurs habi­tants, en coopé­ration avec les auto­rités locales et dans le respect de la sou­ve­raineté libanaise.

3 - Création d’unités du Com­man­dement de la lutte armée pales­ti­nienne (CLAP) dans les camps. Ces unités, en col­la­bo­ration avec les com­mis­sions locales, main­tien­dront de bonnes rela­tions avec les auto­rités. Les unités du CLAP veilleront à la répar­tition et à la limi­tation des armes dans les camps, dans le respect de la sécurité du Liban et de l’intérêt de la Révo­lution palestinienne.

4 - Les Pales­ti­niens résidant au Liban seront auto­risés à par­ti­ciper à la Révo­lution pales­ti­nienne, dans le respect des prin­cipes de la sou­ve­raineté et de la sécurité du Liban.

L’action des fedayine

Il a été décidé de faci­liter l’action de la Résis­tance par les moyens suivants :

1 - Faci­lités de passage pour les fedayine, et déli­mi­tation des points de passage et de recon­nais­sance dans les régions frontalières.

2 - Assurer la sécurité de la route jusqu’à la région de l’Arkoub.

3 - Le CLAP se chargera de la dis­ci­pline des membres des orga­ni­sa­tions qui en font partie, et s’assurera qu’ils ne s’ingèrent pas dans les affaires libanaises.

4 - Création d’unités mixtes de police consti­tuées par le CLAP et l’armée libanaise.

5 - Arrêt des campagnes de propagande de la part des deux parties.

6 - Recen­sement, par le Com­man­dement de la lutte armée pales­ti­nienne, des membres du CLAP se trouvant au Liban.

7 - Dési­gnation de repré­sen­tants du CLAP auprès de l’étatmajor libanais afin d’aider au règlement des pro­blèmes urgents.

8 - Étude de l’emplacement des points de ras­sem­blement appro­priés, le long de la fron­tière, avec l’accord de l’état-major libanais.

9 - Régle­men­tation des entrées, des sorties et des dépla­ce­ments des éléments du CLAP.

10 - Suppression de la base de Jeyroun (nord-​​Liban).

11 - L’armée liba­naise offrira des faci­lités aux centres hos­pi­ta­liers ainsi qu’aux posi­tions de repli et de ravi­taillement des fedayine.

12 - Libération des prisonniers et remise des armes saisies.

13 - Il est entendu que les auto­rités civiles et mili­taires liba­naises conti­nuent à exercer plei­nement leur autorité et leurs res­pon­sa­bi­lités sur l’ensemble du ter­ri­toire libanais et en toutes circonstances.

14 - Les deux délé­ga­tions réaf­firment que la lutte armée du peuple pales­tinien répond aussi bien à l’intérêt du Liban qu’à celui de la Révo­lution pales­ti­nienne et de tous les Arabes.

15 - Le texte de cet accord est ultra-​​secret et ne sera acces­sible qu’aux auto­rités intéressées.

Signé : Emile Boustani, chef de la délé­gation liba­naise, Yasser Arafat, le 3 novembre 1969 »

(Le texte de cet accord n’a jamais été rendu officiel.