Accord d’échange entre Olmert et le Hezbollah

Monique Mas, mardi 1er juillet 2008

« Après l’application de cet accord, Israël élargira des pri­son­niers pales­ti­niens. La date et le nombre de ces libé­ra­tions sont laissés à la dis­crétion d’Israël »

Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a fait approuver dimanche par son cabinet un accord d’échange négocié par l’intermédiaire de l’Allemagne qui prévoit la libé­ration de cinq pri­son­niers libanais et d’un nombre encore indé­terminé de détenus pales­ti­niens ainsi que la res­ti­tution des restes de com­bat­tants infiltrés en Israël. En échange, le Hez­bollah libanais doit rendre à Israël les corps des soldats Ehud Gold­wasser et Eldad Regev, dont l’Etat hébreu avait invoqué la capture en 2006 pour jus­tifier sa guerre au Liban. Israël obtient en outre un rapport d’enquête sur l’aviateur Ron Arad, dont la dis­pa­rition au Liban après des trac­ta­tions ratées à la fin des années quatre-​​vingt pro­voque tou­jours des remords poli­tiques. De son côté, le Hez­bollah fait valoir cet échange comme une marque de succès de sa stra­tégie de « résis­tance » armée. le Le calen­drier des échanges n’est pas encore connu dans le détail. Mais il devrait se dérouler sur une quin­zaine de jours sous la férule du négo­ciateur israélien, Ofer Dekel. Israël annonce l’élargissement du « pri­sonnier Samir Kantar et de quatre com­bat­tants illégaux libanais », le premier engagé dans la cause pales­ti­nienne, les autres issus du Hez­bollah. Ils seront libérés au Liban où seront également ramenés « les corps de plu­sieurs dizaines de ter­ro­ristes et d’autres per­sonnes infil­trées en Israël, dont huit membres du Hez­bollah ». « Après l’application de cet accord, Israël élargira des pri­son­niers pales­ti­niens. La date et le nombre de ces libé­ra­tions sont laissés à la dis­crétion d’Israël », poursuit le com­mu­niqué. Elles ne devraient pas être très nom­breuses et pour­raient concerner des cri­minels de droit commun.

Outre les dépouilles des soldats Ehud Gold­wasser et d’Eldad Regev, Israël réclame tou­jours des infor­ma­tions « cré­dibles et solides per­mettant d’éclairer le sort de l’aviateur Ron Arad », donné pour mort vingt ans plus tôt, et assure que le « gou­ver­nement ne ménagera pas ses efforts pour essayer de loca­liser ses soldats portés dis­parus et ceux dont la sépulture est inconnue ». Pour sa part, Israël promet que « des infor­ma­tions sur quatre diplo­mates ira­niens - dis­parus au Liban en 1982 - seront trans­mises au secré­taire général de l’ONU Ban Ki-​​moon ». Enfin, pour faire bonne mesure, paral­lè­lement à ces efforts en faveur de défunts tombés au Liban, le cabinet Olmert sou­ligne qu’il poursuit sans relâche son action pour la libé­ration du sergent Gilad Shalit, le jeune soldat enlevé le 25 juin 2006 à la lisière de la bande de Gaza et détenu par le Hamas palestinien.

« Ramener nos fils morts ou vifs »

Si Ofer Dekel négocie la libé­ration de Gilad Shalit au Caire, avec la médiation de l’Egypte, c’est avec un missi dominici allemand que s’est négocié l’accord d’échange avec le Hez­bollah, sans contacts directs, donc. Mais nécessité fait loi et les mou­ve­ments isla­mistes sont sur ces dos­siers là des inter­lo­cu­teurs obligés, les deux parties négli­geant rarement de mettre de côté les corps restés sur leurs champs d’affrontement, en vue jus­tement d’échanges ulté­rieurs. Car il ne s’agit pas d’une pre­mière du genre et aux yeux des Israé­liens, ce genre d’arrangement ne fait pas du Hamas pales­tinien ou du Hez­bollah libanais les par­te­naires poli­tiques incon­tour­nables qu’ils vou­draient être à la table des négo­cia­tions où ils ont tenté de s’imposer par la force.

Pressé par des familles en mal de funé­railles, le Premier ministre Ehud Olmert a assuré urbi et orbi qu’il avait « beaucoup hésité » à négocier un tel « échange inégal », son allié tra­vailliste , Ehud Barak, reven­di­quant ses qua­lités de « soldat, d’officier qui a com­mandé des com­bat­tants et de ministre de la Défense » pour assumer la « res­pon­sa­bilité suprême de ramener nos fils morts ou vifs ». Le Hez­bollah aurait pour sa part revu ses exi­gences à la baisse. C’est un millier de libé­ra­tions qu’il réclamait au départ jusqu’à ce que les chances de revoir vivants Gold­wasser et Regev s’effaçent au fil du temps et des décla­ra­tions contradictoires.

Si la guerre de 34 jours (12 juillet - 14 août) avait pour objectif affiché de ramener Gold­wasser et Regev à la maison, les traces de l’incursion du Hez­bollah dans laquelle ils ont disparu le 12 juillet 2006 ne lais­saient pourtant guère d’espoir : huit dépouilles israé­liennes, des épaves de véhi­cules blindés, un gilet pare-​​balles déchi­queté, du sang en abon­dance …Plu­sieurs sources les don­naient déjà comme au moins « très griè­vement blessés ». Mais en avril 2007, un res­pon­sable du Hez­bollah affir­maient que les deux soldats étaient « humai­nement traités », le chef du parti de Dieu, Hassan Nas­rallah, évoquant plus tard des négo­cia­tions en vue d’un échange. Fina­lement, il aura fallu attendre la conclusion de l’accord pour que le Premier ministre israélien Ehud Olmert décide de les déclarer offi­ciel­lement morts au champ d’honneur.

Samir Kantar et Ron Arad

L’opinion publique israé­lienne se faisait de plus en plus pres­sante pour « ramener à la maison » les soldats ou leurs restes. Mais Ehud Olmert a sans doute moins que jamais de bonnes raisons de contrarier ses admi­nistrés depuis les accu­sa­tions de cor­ruption qui ont ébranlé son fau­teuil. Les chefs du service de sécurité inté­rieure, le Shin Beth, et des ser­vices secrets, le Mossad, ont bien objecté que l’échange serait par trop inégal et qu’il encou­ra­gerait la prise d’otages morts ou vifs. En Israël, le militant libanais du Front de libé­ration de la Palestine (FLP), Samir Kantar, par exemple - l’un des éléments très impor­tants de cet échange - est considéré comme un assassin de la pire espèce. Mais cela n’a pas empêché l’accord de se faire.

Samir Kantar a été condamné en 1980 à 542 ans de prison pour avoir tué un civil israélien et sa fille ainsi qu’un policier israélien en 1979 dans le nord d’Israël. Un héros pour le Hez­bollah qui le réclame de longue date, à tel point qu’Israël voyait dans ce détenu libanais de la cause pales­ti­nienne une monnaie d’échange pour tirer au clair l’affaire Ron Arad qui a défrayé la chro­nique israé­lienne des « dis­parus en mission » ces der­nières décennies. Sur ce point, le Hez­bollah a livré des éléments d’enquête et d’interrogatoires qui pour­raient conclure à la mort de l’aviateur.

Ron Arad hante la scène poli­tique israé­lienne depuis qu’à la fin des années quatre –vingt, le gou­ver­nement Rabin a renoncé à un échange dans lequel il aurait pu figurer mais que la droite israé­lienne avait jugé exor­bitant. Aujourd’hui, Israël se suf­firait de ses osse­ments en échange de quelques pri­son­niers libanais ou pales­ti­niens. Cela lui per­met­trait de tourner la page à un prix rai­son­nable de l’avis du gou­ver­nement Olmert. Pour le reste, les Israé­liens sont « sans illusion, il y aura autant de tris­tesse en Israël que d’humiliation, vu les fêtes qui vont se dérouler de l’autre côté », a com­menté le Premier ministre israélien en pro­nonçant l’avis de décès des soldats Regev et Goldwasser.

D’après Ehud Olmert, le Hez­bollah avait d’ailleurs enlevé les deux soldats pour « forcer Israël à libérer Samir Kantar ». C’est d’ailleurs ce qu’affirme le Hez­bollah qui reven­dique une nou­velle vic­toire après le fiasco israélien au Liban en 2006. Mais cette fois, la classe poli­tique israé­lienne se veut consen­suelle face à son opinion. Selon le secré­taire général du gou­ver­nement, il va falloir iden­tifier géné­ti­quement les restes et la mise en œuvre de l’échange « pourrait prendre deux semaines et même moins, dit-​​il, si nous obtenons des infor­ma­tions réclamées sur le sort du pilote Ron Arad » et de quoi rendre la paix à son fantôme.