AFPS - rencontre nationale des groupes locaux - Saint-​​Denis 29-​​30 avril 2006

AFPS, dimanche 16 juillet 2006

COMPTE RENDU DE L’ATELIER PROJET ET COOPERATION DECENTRALISEE

LES OBJECTIFS DE L’ATELIER :

Il est apparu en début de réunion que ceux-​​ci étaient assez flous pour nombre de par­ti­ci­pants : s’agissait-il de traiter des projets en général, qu’ils soient asso­ciatifs et/​ou ins­ti­tu­tionnels, ou seulement des projets gérés dans le cadre ins­ti­tu­tionnel ou des projets à mener en col­la­bo­ration entre groupes locaux, sans passer par la structure nationale, voire des projets avec d’autres pays, dans ou hors de la com­mu­nauté euro­péenne (par exemple le Maroc) ? S’agissait-il d’un atelier per­mettant de faire le point sur l’existant (comme le CN l’avait demandé) et/​ou d’établir des prio­rités pour l’avenir ou sim­plement d’un atelier per­mettant de lister les moyens tech­niques et admi­nis­tratifs à mettre en oeuvre pour impulser la coopé­ration décen­tra­lisée avec la Palestine ? Autant d’interrogations mettant en évidence l’étendue des ques­tion­ne­ments des adhé­rents autour de cette pro­blé­ma­tique, la diversité des expé­riences vécues et la nécessité de for­mation. Fina­lement, la dis­cussion s’est plutôt orientée vers les projets de coopé­ration décen­tra­lisée puisqu’il appa­raissait que c’était un champ rela­ti­vement nouveau pour l’AFPS, qu’il y avait un grand besoin d’information et que cer­tains comités pré­sents béné­fi­ciaient d’une expé­rience qui pouvait être fort enrichissante.

DES PROJETS POURQUOI ET COMMENT ?

Avant de rentrer dans les aspects tech­niques, un petit rappel a été fait sur les objectifs des projets en général : comme les dif­fé­rentes AG et CN l’ont réaf­firmé à plu­sieurs reprises, il ne s’agit pas d’une aide huma­ni­taire mais bien de la concré­ti­sation de l’affirmation d’une soli­darité poli­tique dont l’ancrage doit se faire dans la durée, voire dans l’espace. Les projets doivent être en lien avec nos prio­rités et il nous appar­tient d’en vérifier la cré­di­bilité : cela passe par une bonne connais­sance du terrain en Palestine et par la véri­fi­cation de l’adéquation entre les objectifs affirmés par nos par­te­naires, qu’ils soient français ou pales­ti­niens (par exemple en ce qui concerne l’aspect social mis en avant), et leur mise en oeuvre. Il en va de notre influence et de notre effi­cacité poli­tique ici. Il faut être conscients également que nos projets en Palestine s’inscrivent dans un champ social et poli­tique existant et que toute action de notre part a for­cément des réper­cus­sions sur place dont il convient de mesurer l’impact. Cela devient d’autant plus important quand ces projets passent dans le domaine de la coopé­ration décen­tra­lisée, du fait de la taille des projets (par exemple, c’est bien supé­rieur, sur le plan financier, à ce que nous pour­rions espérer faire seuls, en tant qu’AFPS !) mais aussi du fait de la démul­ti­pli­cation des impacts (puisque, avec la coopé­ration décen­tra­lisée, des franges nou­velles d’institutions, d’associations, bref de la popu­lation peuvent être mise en contact avec la réalité pales­ti­nienne). De manière générale, on peut constater, au fil du temps, un travail plus réfléchi et plus col­lectif des groupes AFPS, avec la volonté de fédérer les projets y compris dans l’espace : manière de mutua­liser nos outils, nos acquis, nos forces. Ainsi est apparu le souhait d’aller vers plus de coopé­ra­tions régio­nales : une région de Palestine /​ une région de France, avec peut-​​être, à terme, une sorte de « maillage soli­daire » sur toute la Palestine ? Des exemples existent déjà avec Cergy, les villes voi­sines et les vil­lages le long du mur ; le par­te­nariat et les jume­lages entre la Bre­tagne et la région d’Al Hul autour des mis­sions civiles et un projet de coopé­rative pay­sanne… Pour pour­suivre dans ce sens, il fau­drait que chaque col­lectif ait une connais­sance précise des projets menés par les groupes du « voi­sinage » : il sera important d’utiliser le premier recen­sement fait auprès des groupes.

LA COOPERATION DECENTRALISEE :

 ? Aspects légaux et mise en oeuvre : la loi de 92 définit pré­ci­sément le cadre de la coopé­ration décen­tra­lisée. Il s’agit en gros d’actions de par­te­nariat (qui peuvent aller jusqu’au jumelage) entre des ins­ti­tu­tions fran­çaises et étran­gères (com­munes, conseils généraux, régionaux, etc). Pour cela, ces ins­ti­tu­tions peuvent agir direc­tement ou, plus souvent, passer par des ONG spé­cia­lisées qui peuvent les conseiller, les ras­surer et également leur apporter des faci­lités pour la gestion de la coopé­ration. Ces ONG ont une grande expé­rience et tra­vaillent en lien avec le Quai d’Orsay, il s’agit de fait d’ONG privées, semi-​​professionnelles à pro­fes­sion­nelles qui sont plus ou moins para-​​institutionnelles (par exemple, pour cer­taines d’entre elles, leur CA est constitué d’une majorité d’élus). Il existe plu­sieurs asso­cia­tions de ce type : le GRET, TECHDEV, … , la plus connue étant sûrement Cités Unies France (CUF) avec son réseau de coopé­ration décen­tra­lisée sur la Palestine. Pour CUF et son RCDP, les villes doivent payer une coti­sation cal­culée sur la base du nombre d’habitants, elles peuvent ensuite béné­ficier d’une aide : faci­li­tation de mise en rela­tions, étude de fai­sa­bilité des projets, etc (ça peut parfois être fort utile, comme dans la période actuelle, où il est beaucoup plus facile par exemple d’obtenir des visas pour des Pales­ti­niens si cela passe par une invi­tation offi­cielle)  ? Ini­tia­li­sation par l’AFPS : de fait, dans la plupart des cas, ce sont des comités AFPS (ou Palestine) qui sont à l’origine des par­te­na­riats (ils ont à la fois la volonté poli­tique et la connais­sance du terrain) mais, dès lors qu’une commune par exemple a accepté d’envisager l’éventualité d’une coopé­ration quel­conque avec la Palestine, il peut être inté­ressant, si elle ne l’est pas déjà, de l’informer de l’existence de ces struc­tures, non pas pour décharger notre propre res­pon­sa­bilité sur elles mais d’une part pour ras­surer ces muni­ci­pa­lités et, d’autre part, afin de bien séparer les rôles dans un but d’efficacité : nous avons une com­pé­tence poli­tique, d’autres ont une com­pé­tence tech­nique, à chacun son créneau. Ceci étant cla­rifié, il n’en demeure pas moins un certain nombre de ques­tions : comment ins­crire l’AFPS dans des prio­rités affi­chées par des ins­ti­tu­tions ? Comment continuer à servir d’aiguillon quand les projets deviennent vraiment les projets des villes et … nous échappent un peu ? Comment et jusqu’où arti­culer notre activité propre avec la coopé­ration décen­tra­lisée ?  ? Objectifs, rythme et durée : c’est un travail très lourd et très lent, avec souvent des à coups (ainsi le travail des élus est souvent fonction de leur calen­drier poli­tique, voire de leurs ambi­tions per­son­nelles, alors que le nôtre est plus régulier) mais qui permet de pousser nos élus à prendre publi­quement position sur le plan poli­tique au sujet de la Palestine, qui les engage dans la durée, permet d’augmenter quan­ti­ta­ti­vement la soli­darité et d’ouvrir des portes en termes de contacts nou­veaux et de faci­lités. Il est très important de pousser les élus à dépasser le stade des échanges pour s’inscrire dans de véri­tables projets : un projet est un inves­tis­sement tech­nique, financier, sur la durée, qu’il est beaucoup plus dif­ficile d’interrompre bru­ta­lement au gré d’un événement quel­conque.  ? Parité entre Israël et la Palestine : il arrive parfois que des condi­tions au par­te­nariat soient posées en amont : par exemple, un jumelage avec une ville pales­ti­nienne si un jumelage avec une ville israé­lienne. Il s’agit là d’un grave pro­blème, à la fois éthique et poli­tique car ça consiste à mettre sur un plan d’égalité, en terme de res­pon­sa­bilité de la situation, Pales­ti­niens et Israé­liens. Il faut abso­lument inter­venir dès le début et ne pas laisser les choses s’installer sur de mau­vaises bases : si nous sentons que les muni­ci­pa­lités ont besoin d’être ras­surées ou d’y voir plus clair, mieux vaut faire inter­venir très vite des asso­cia­tions juives pro­gres­sistes d’ici ou de là-​​bas (UJFP, Taayush, …) qui nous aideront effi­ca­cement à poser clai­rement les choses (de plus, dans ce cas-​​là, les élus ont l’impression d’avoir acquis une sorte de « cou­verture morale » auprès de la popu­lation). De toute manière, quand les muni­ci­pa­lités mettent en place ces espèces de « tri­an­gu­laires » dans le but hypo­thé­tique d’oeuvrer au rap­pro­chement entre Pales­ti­niens et Israé­liens, ça ne marche pas : on voit même des extrêmes, comme à Mon­treuil, où la ville est jumelée avec un village pales­tinien et … la colonie qui est en train de le bouffer ! Les seules pers­pec­tives gérables dans ce domaine se situe­raient peut-​​être avec des villes israé­liennes arabes.  ? Pour­suivre le travail du groupe local en parallèle : s’il est très important de faire partie du groupe de pilotage, il faut abso­lument que le groupe local AFPS pour­suive ses acti­vités propres : essayer de garder une cohé­rence avec le par­te­nariat muni­cipal sur le terrain géo­gra­phique par exemple, ne signifie pas s’auto-censurer, cer­taines acti­vités sont de notre res­pon­sa­bilité (ex : à Cergy, le comité fait une cam­pagne sur les 8 pri­son­niers du village jumelé). A plus fort raison dans la situation actuelle où nous avons des cam­pagnes urgentes à mener sur la sus­pension de l’aide écono­mique, sur la tram, Jéru­salem. Concernant le par­te­nariat, nous devons veiller à ce que les Pales­ti­niens ne se fassent pas « avoir » par nos poli­tiques, nous devons aussi les aider à mieux cerner les carences poli­tiques de nos élus (bref : à les former !). A l’inverse, nous devons être vigi­lants sur la cré­di­bilité, l’efficacité et la fai­sa­bilité des projets pré­sentés. Cela n’est pas sans poser le pro­blème de notre place : avons-​​nous à avoir des exi­gences par rapport à nos amis pales­ti­niens, si oui, les­quelles et dans quelles limites ?

PERSPECTIVES :

 ? Il faut, dès main­tenant, faire une pre­mière analyse des ren­sei­gne­ments déjà col­lectés au sujet des projets menés par les groupes locaux et il faut la publier sur le site.  ? Pour affiner les choses, il faudra refaire un ques­tion­naire plus « cadré » aux groupes locaux, de manière à ce qu’il soit plus faci­lement exploi­table et publiable : quel projet ? Où ? Avec quels par­te­naires français, pales­ti­niens ? Depuis quand ? Pour quel montant ? Avec quels jus­ti­fi­catifs ? Quels aléas ? Quelles pers­pec­tives ? Quelles demandes d’aides ? Etc. Laisser une place pour les remarques ouvertes.  ? Envi­sager la publi­cation d’un document sur la coopé­ration décen­tra­lisée (pro­cé­dures, inter­lo­cu­teurs, struc­tures, expé­riences) et peut-​​être de stages de formation.

Pour l’atelier, Joëlle Couillandre. Atelier Projets et Coopé­ration décen­tra­lisée Confé­rence des groupes locaux