AFPS - rencontre nationale des groupes locaux - Saint-​​Denis 29-​​30 avril 2006

AFPS, dimanche 16 juillet 2006

Compte-​​rendu de l’atelier « Mis­sions », état des lieux et pers­pec­tives. La réunion s’est déroulée en deux temps : un tour d’horizon des pra­tiques des dif­fé­rents groupes locaux repré­sentés, puis une réflexion sur les perss­pec­tives, prin­ci­pa­lement en lien avec l’action huile d’olive initiée par l’AFPS 04.
Une relative diversité des expériences est constatée.

L’AFPS Val d’Oise témoigne d’une expé­rience à partir de l’implication des mili­tants dans les mis­sions orga­nisées par la CCIPPP. La volonté d’un ancrage de ces mission et leur arti­cu­lation avec des projets pos­sibles dans le secteur de Bil’in (plus pré­ci­sément dans le village de Safaa) est affirmée. L’importance du travail de témoi­gnage est sou­ligné. Trois prin­cipes doivent orienter les mis­sions selon ce groupe local : • l’articulation avec des projets • la volonté de mobi­liser lar­gement (que ça ne soit pas tou­jours les mêmes qui partent) • l’inscription claire de ces mis­sions dans le cadre du soutien à la lutte du peuple palestinien

Le groupe d’Angers indique que plu­sieurs mili­tants ont par­ticipé à des mis­sions : • celles de décembre 2001 orga­nisée par la CCIPPP et l’AFPS • à des mis­sions de cueillettes d’olives dans la région de Hébron orga­nisées par le groupe de Rennes • à des voyages en lien avec l’association « al Kamandjati » de Ramzi abu Redwan (consti­tution d’un résean d’écoles de musique dans les camps de réfugiés de Cis­jor­danie) • à des voyages à vocation huma­ni­taire ou poli­tique. Là encore, le témoi­gnage au retour est une priorité.

Le groupe de Nancy-​​Metz est impliqué dans le travail avec l’association Najdeh, dans le camp de réfugiés de Cha­tilah à Bey­routh (par­rainage d’un jardin d’enfants). Des voyages ont eu lieu dans ce cadre. Peut-​​on consi­dérer cela comme des « mis­sions » s’interroge notre camarade ? Elle note que plu­sieurs mili­tants sont également partis à titre indi­viduel, mais note un certain sen­timent d’impuissance au retour (dif­fi­culté à orga­niser le témoi­gnage, à ins­crire cela dans une dynamique).

Le groupe Sud Cor­nouaille (Quimper, Douar­nenez et le Finistère-​​Sud) par­ticipe depuis quatre ans aux mis­sions de cueillette d’olives dans la région de Hébron. Il note que cet inves­tis­sement joue un rôle majeur dans la dyna­mi­sation du groupe local. Le recru­tement est large et dépasse le rang de nos adhé­rents. Au retour, il y a de mul­tiples ini­tia­tives : confé­rences de presse, pro­jec­tions de dia­po­si­tives, débats. Le camarade de Quimper insiste sur l’utilité de ces mis­sions pour les Pales­ti­niens : ça ne sert pas qu’à témoigner. Cela a permis de déve­lopper des rela­tions plus fortes avec les Pales­ti­niens, y compris au plan ins­ti­tu­tionnel (jumelage entre la ville de Hen­nebont dans le Mor­bihan et la muni­ci­palité de Halhoul, avec notamment des pistes de travail dans le domaine de la santé - contacts avec les élus du Conseil Général de Finistère, avec le Conseil Régional). Le jumelage entre la ville de Douar­nenez et le camp de réfugiés de Rachi­diyeh est également en bonne voie (La maire de Douar­nenez s’y est déjà rendue à deux reprises). Le groupe de Nantes a également par­ticipé aux cueillette d’olives orga­nisées par Rennes, mais sou­haite déve­lopper ses rela­tions avec la région de Jénine (un jumelage est en cours entre des com­munes de Nantes-​​agglomération et le camp de Jénine) : le groupe local étant également impliqué dans le projet « huile d’olive », il vou­drait contribuer à tisser des rela­tions entre le camp et son envi­ron­nement rural en s’impliquant si cela est pos­sible dans des cueillettes dans le secteur de Jénine. Une mission d’élus devrait avoir lieu en sep­tembre pro­chain. Besançon sou­ligne l’intérêt de l’initiative de la GUPS « un pont au delà des murs », qui permet à des étudiants de s’engager dans des projets éducatifs en direction d’enfants, mais propose également une décou­verte de la Palestine occupée, des consé­quences de cette occu­pation. Il y a intérêt à prendre en compte cette ini­tiative notamment pour déve­lopper des réseaux de soli­darité parmi les étudiants. Il fau­drait déve­lopper des liens plus forts entre l’AFPS et la GUPS au plan national afin d’être un meilleur relais pour ce type d’actions. L’AFPS 04 a essen­tiel­lement déve­loppé son travail sur un axe tech­nique en lien avec le projet huile d’olive. Monique a rejoint ponc­tuel­lement une mission de cueillette d’olive à Hébron il y a deux ans (avec un groupe de la CCIPPP). Il serait sou­hai­table lier le projet huile d’olive et des mis­sions de ce type : il y a dans les zones concernées par l’expérimentation beaucoup de colonies et des dif­fi­cultés d’accès aux oli­ve­raies (c’est aussi le cas à cause du mur). Des projets de type « tou­risme soli­daire » pour­raient également être montés.

Chambéry s’est impliqué dans des mis­sions tech­niques (santé-​​psychiatrie), et dans des acti­vités d’enseignement du Français, à Massara (région de Bethlehem).

Claude Léostic insiste sur l’idée que la par­ti­ci­pation de jeunes ne doit pas être « gra­tuite » : elle met en cause le finan­cement intégral par les groupes locaux du départ de jeunes, qui ne sont pas for­cément investis au retour (en prenant appui sur l’expérience de Brest - dis­cu­table selon elle). Cette prise de position suscite un débat : Jean-​​Michel, de Besançon, rap­pelle que la soli­darité ne peut dépendre des moyens finan­ciers dont dis­posent indi­vi­duel­lement les mili­tants. Il dit que la par­ti­ci­pation de jeunes ou de per­sonnes en situation pré­caire dépend souvent d’une prise en charge par le col­lectif. Le groupe de Rennes a déve­loppé depuis dix ans un travail (de chan­tiers de jeunes d’abord, puis de mis­sions diverses ensuite), avec une par­ti­ci­pation impor­tante de jeunes (entre 18 et 25 ans) : nombre d’entre eux n’auraient pu par­ti­ciper s’ils avaient dû payer une par­ti­ci­pation indi­vi­duelle. Cela ne signifie pas que leur par­ti­ci­pation ait été « gra­tuite » : ils ont été impliqués dans des recherches de moyens : mon­tages de dos­siers, acti­vités d’autofinancement - repas, tom­bolas, sous­crip­tions volon­taires… Cela implique que la pré­pa­ration de telles mis­sions ne s’improvise pas au dernier moment : il faut com­mencer au moins dix mois à l’avance ! De toute évidence, on ne peut pas garantir une impli­cation mili­tante au retour, il y a tou­jours des risques ( par exemple on perd tou­jours des étudiants qui changent d’université, ou qui passent des concours…). Mais l’expérience de Rennes, c’est qu’on en garde une partie impor­tante, qui continue à être active, parfois dix ans après !

Le groupe de Rennes a organisé plu­sieurs types de mis­sions depuis 2000 (on laissera de côté l’expérience anté­rieure des chan­tiers, impos­sibles depuis la deuxième intifada). Des mis­sions d’urgence pendant les deux pre­mières années de l’intifada : leur but était axé prin­ci­pa­lement sur le témoi­gnage et ponc­tuel­lement sur le secours (appro­vi­sion­nement en médi­ca­ments du village de Deir Istiya en juillet 2002, inter­vention pour faire libérer des vil­la­geois pris en otages par l’armée…). Mais l’essentiel a été l’organisation des mis­sions de cueillettes d’olives (cinq cam­pagnes en tout depuis octobre 2001). Celles-​​ci ont lieu dans la région de Hébron, la logis­tique étant assurée sur place par le Comité de Défense de la Terre, avec la par­ti­ci­pation du PFU et du Ministère Pales­tinien de la Jeu­nesse et des Sports. L’organisation sur place implique direc­tement les paysans (dési­gnation des par­celles néces­sitant une inter­vention, pla­ni­fi­cation du travail, orga­ni­sation des équipes…). Chaque cueillette est pré­parée avec l’aide de juristes, tous les contacts sont pris avec l’autorité pales­ti­nienne, les auto­rités d’occupations sont également avisées : il ne s’agit pas d’actions clan­des­tines, bien au contraire ! C’est un acte de résis­tance au grand jour, annoncé comme tel. Notons que ces mis­sions sont fré­quemment rejointes par d’autres groupes de soli­darité : les rabins pour les droits de l’homme, Taayush, des volon­taires amé­ri­cains ou bri­tan­niques, des groupes de la CCIPPP, des mis­sions syn­di­cales de SUD Soli­daires. Le principe est d’assurer une per­ma­nence tout au long de la cam­pagne de cueillette, ce qui suppose d’organiser une rotation des équipes (chacune de 10 à 12 per­sonnes), selon les cas tous les quinze jours ou toutes les semaines (cela dépend de la dis­po­ni­bilité des volon­taires). Les par­ti­ci­pants sont très divers : de tous âges, de toutes caté­gories socio-​​professionnelles, de toutes ori­gines. Ils pro­viennent de tout le grand ouest, avec une par­ti­ci­pation majo­ri­tai­rement bre­tonne. N.B. Il n’y a pas besoin de mettre en place de groupes numé­ri­quement plus impor­tants : l’utilité des volon­taires ce n’est pas de faire masse comme main d’oeuvre, mais d’être pré­sents dans toutes les situa­tions de contact avec l’armé ou les colons pour négocier, éviter les rap­ports de forces, rap­peler le droit. Ce sont les par­te­naires pales­ti­niens qui décident de la marche à suivre, et de l’attitude à adopter : les groupes de volon­taires n’ont dans ce domaine aucune marge d’initiative. Le recru­tement des volon­taires se fait au fur et à mesure des ini­tia­tives publiques que nous orga­nisons, la pré­pa­ration démarrant au mois de mai pour les pre­miers ins­crits. La pré­pa­ration implique la par­ti­ci­pation à trois réunions minimum : • une pre­mière où l’on aborde l’histoire du pro­blème israélo-​​palestinien et où l’on pré­sente la situation actuelle. • une seconde, où l’on pré­sente la société pales­ti­nienne, les usages, les modes de vie (en s’appuyant la plupart du temps sur des films de fiction) • une troi­sième plus spé­ci­fi­quement consacrée aux cueillettes : orga­ni­sation du travail, pro­to­coles de sécurité, ques­tions pra­tiques (en général toutes celles aux­quelles les mili­tants habitués ne pensent plus, mais qui viennent inévi­ta­blement sur la table au cours des échanges…). Une charte d’engagement est soumise à l’approbation des volon­taires, qui stipule les condi­tions de la par­ti­ci­pation. Un document confi­dentiel leur est remis (à stocker sur une adresse mail et non pas à imprimer pour des raisons de sécurité évidentes). Chaque volon­taire se charge de réserver son propre billet d’avion : il n’y a pas de réser­vation col­lective, pour éviter tout refou­lement à l’arrivée à l’aéroport Ben Gourion Le groupe de Rennes a pri­vi­légié une implan­tation locale, recon­duite d’année en année, à une « délé­gation de service » aux grosses ONG pales­ti­niennes, qui pro­mènent les délé­ga­tions de volon­taires au gré de leurs prio­rités propres (ce qui n’est pas sans risques : nous sommes soli­daires du peuple pales­tinien, pas de telle ou telle orga­ni­sation par­ti­cu­lière). Ce travail localisé et inscrit dans la durée permet d’avoir une approche évaluative : effet produit sur l’occupant, effets positifs pour la popu­lation locale, pour les paysans (émer­gence de projets coopé­ratifs, entraide…). Dif­fi­cultés : nous sommes un peu vic­times du succès de cette ini­tiative : arrivée impromptue de groupes, voire de volon­taires isolés, qui aug­mentent de manière parfois consi­dé­rable les effectifs et posent des pro­blèmes de logis­tique (héber­gement, transport…). Conclusion : il y a des besoins partout en Palestine occupée et il est donc néces­saire d’envisager le déve­lop­pement de ce type de mis­sions dans d’autres sec­teurs que Hébron. Pourquoi ne pas envi­sager une sorte de par­rainage de chaque secteur géo­gra­phique de Palestine par une coor­di­nation régionale, afin d’assurer une per­ma­nence, de connaître bien mieux les besoins, mais aussi de déve­lopper des réseaux de connais­sances au plus près du terrain ? Pers­pec­tives Le projet « huile d’olive » a vu un déve­lop­pement d’expérimentations dans les sec­teurs de Qal­qiliya, Tul­karem, Salfit et Ramallah. Il serait donc pos­sible d’envisager la mise en place à titre expé­ri­mental de chan­tiers de cueillettes dans l’une de ces zones dès le mois d’octobre pro­chain. La venue d’une délé­gation de tech­ni­ciens et de paysans impliqués dans le projet courant mai, ainsi que la pré­sence en France, à la même date, de notre prin­cipal par­te­naire pour les cueillettes à Hébron devrait per­mettre une ren­contre et un partage d’expérience : échanges sur les prin­cipes, sur les moda­lités d’organisation. Le groupe de Rennes a déjà pris des contacts et dispose d’un lieu pos­sible d’hébergement (gratuit) dans le village de Deir Istiya (où est situé l’un des moulins concernés par le projet huile d’olive). A partir de cette base il est pos­sible de rayonner dans toute la région de Salfit (Deir Istiya est dans le dis­trict de Salfit), mais aussi en direction de Tul­karem, très proche. Compte tenu de la concen­tration des colonies dans cette zone, il ne devrait pas être dif­ficile de trouver des lieux de travail. Une pré­caution indis­pen­sable (c’est en tout cas la conviction qui est la nôtre, et Michel War­chawski avec qui nous en avons parlé est d’accord sur ce point), c’est que l’organisation des cueillettes doit échapper à toute logique sec­taire ou par­tisane : notre expé­rience indique que cela marche lorsque tous les paysans, quelles que soient leurs options poli­tiques, sont béné­fi­ciaires de notre inter­vention. Les mis­sions de cueillette d’olive ne doivent pas être confis­quées au profit de tel ou tel groupe poli­tique ou ONG. Cela implique que leur coor­di­nation sur place prenne en compte cette nécessité, faute de quoi elle seraient imman­qua­blement vouées à l’échec (par exemple, il semble impos­sible de limiter l’intervention des groupes auprès des seuls adhé­rents des coopé­ra­tives déjà consti­tuées autour des moulins). Le rôle des paysans doit être majeur : à eux de se coor­donner, de décider des prio­rités, de pré­parer le calen­drier. Il semble également pri­mordial d’impliquer les muni­ci­palité, les repré­sen­tants de l’autorité pales­ti­nienne… Le Groupe de Rennes et quelques volon­taires déjà expé­ri­mentés sont prêts à apporter leur contri­bution à la pré­pa­ration des groupes de volon­taires qui se consti­tueront. Il serait sou­hai­table que l’AFPS 04 soit maître d’oeuvre pour ce qui concerne la cen­tra­li­sation des ins­crip­tions et l’organisation du calen­drier. L’organisation des réunions pré­pa­ra­toires devra être régio­na­lisée : région PACA, Rhône-​​Alpes, Grand-​​Est… etc. Inutile de voir trop grand en cette pre­mière année d’expérimentation : si on pouvait tenir trois semaines ou un mois, cela serait déjà très bien (cela repré­sente tout de même qua­rante volon­taires à trouver, à former…). Les outils mis au point par le groupe de Rennes seront mis à dis­po­sition des coor­di­na­tions régio­nales intéressées.