AFPS - rencontre nationale des groupes locaux - Saint-​​Denis 29-​​30 avril 2006

AFPS, dimanche 16 juillet 2006

Compte rendu de la commission « huile d’olive » 30 avril 2006

Le projet « huile d’olive » Initié en par­te­nariat entre le PFU ( syn­dicat des fer­miers pales­ti­niens) et l’AFPS 04 , ce projet a pris une ampleur nationale tant en Palestine qu’en France. En effet, à partir de 3 coopé­ra­tives, ce projet concerne aujourd’hui 17 coopé­ra­tives et en France, ce sont désormais une dizaine de groupes AFPS qui y par­ti­cipent. Il s’agit de créer et ren­forcer une filière « huile d’olive de très grande qualité » pour l’exportation en Europe.

Un double objectif : écono­mique et poli­tique. Depuis la deuxième Intifada,les Pales­ti­niens n’ont plus la pos­si­bilité de tra­vailler en Israël : les 120 000 ouvriers qui tra­vaillaient en Israël se sont retrouvés au chômage. Il en résulte un repli des familles sur une pro­duction agricole de sub­sis­tance. Ainsi la popu­lation agricole qui repré­sentait 25 % est passée à 40 % de la popu­lation active. La culture de l’olivier est une pro­duction tra­di­tion­nelle de la Palestine : avec 12 mil­lions d’arbres en pro­duction, les oli­ve­raies occupent 60 % de la surface agricole et font vivre 70 000 familles soit 450 à 500000 per­sonnes. La pro­duction est lar­gement excé­den­taire en Palestine puisqu’elle repré­sente en moyenne 25000 tonnes annuelles pour une consom­mation de l’ordre de 12 000 tonnes : il reste donc au moins 10 000 tonnes expor­tables qui per­met­traient un apport moné­taire néces­saire aux familles. Mais les débouchés à l’exportation se sont réduits. Israël a interdi l’importation sur son ter­ri­toire d’huile pales­ti­nienne et s’approvisionne désormais en Espagne et Italie. La Jor­danie a beaucoup aug­menté sa propre pro­duction. En consé­quence, les prix se sont effondrés : le litre qui était payé au pro­ducteur de 3,5 à 4 € est tombé à moins de 2 € et les stocks s’accumulent. Faci­liter l’exportation en Europe, c’est donc d’abord per­mettre à des familles de manger et de sub­sister, mais c’est aussi per­mettre aux Pales­ti­niens de rester sur leurs terres et de résister à l’occupation. Par ailleurs, de nom­breux oli­viers ont été arrachés par l’armée israé­lienne notamment pour la construction du « Mur » et les colons empêchent souvent les paysans d’accéder à leurs champs pour l’entretien des arbres ou la cueillette des olives. Valo­riser l’olivier et sa pro­duction, per­mettre l’accès aux champs à travers les mis­sions civiles,c’est aussi lutter contre la colonisation.

Une filière de qualité pour l’exportation. Pour entrer dans l’union euro­péenne et être valo­risée à un prix rému­né­rateur, l’huile doit répondre à des normes de qualité élevées. Il existe un savoir faire local tra­di­tionnel, mais les condi­tions écono­miques et la situation d’occupation ont désor­ganisé les condi­tions de pro­duction.À partir d’une mission en 2003 de l’AFPS04, il a été décidé de constituer un par­te­nariat PFU-​​ AFPS pour inter­venir sur l’ensemble de la filière. À titre expé­ri­mental, 3 coopé­ra­tives ont été concernées avec un objectif de 60 tonnes d’huile de haute qualité. Dès la pre­mière année, les paysans ont été très motivés et la pro­duction de cette huile a été de 170 tonnes. Il est donc très vite apparu néces­saire d’étendre cette action qui concerne aujourd’hui 17 coopé­ra­tives avec une pré­vision de pro­duction de 2000 tonnes en 2006. Le marché européen peut faci­lement absorber cette pro­duction puisque, à titre indi­catif, la France importe 90 000 tonnes d’huile d’olive, mais encore faut-​​il créer une filière de distribution.

Orga­niser la filière en Palestine. La dyna­mique locale est désormais engagée, l’objectif du PFU est de struc­turer cette dyna­mique autour des coopé­ra­tives pour ren­forcer le mou­vement et le rendre autonome.Après une pre­mière phase d’équipement des moulins en matériel de sto­ckage (cais­settes plas­tiques ajourées pour les olives et cuverie en inox pour le sto­ckage de l’huile) une phase de for­mation des pro­duc­teurs est engagée . Elle s’appuie sur des tech­ni­ciens locaux avec un objectif à terme d’un tech­nicien par coopé­rative. Un pro­gramme de recherche-​​développement est également en place pour lutter contre la mouche de l’olivier.Une charte de qualité a été ins­taurée avec un jury de dégus­tation. Toutes ces actions sont conduites en par­te­nariat avec dif­fé­rents orga­nismes concernés : PFU,UAWC,PARC,Conseil oléicole palestinien.

Ren­forcer la filière d’importation-distribution en France. Le par­te­naire français pour la dis­tri­bution en France est la SCOP ANDINES qui tra­vaille dans le domaine du com­merce équi­table avec un double objectif : -Per­mettre à tous les acteurs tout au long de la filière de vivre de leur travail ( y compris pour les tra­vailleurs du transport et de la com­mer­cia­li­sation). -Assurer la trans­pa­rence sur la for­mation du prix. Actuel­lement, la vente est faite essen­tiel­lement par les réseaux mili­tants, mais pour absorber une pro­duction crois­sante ( on attend 2000 tonnes expor­tables en 2006) il est néces­saire de trouver d’autres réseaux sans passer par la grande dis­tri­bution. C’est ainsi que des contacts sont en cours avec des orga­ni­sa­tions pay­sannes en France pour mettre en dépôt cette huile dans des points de vente de pro­duits à la ferme ou pro­duits du terroir. Cette pers­pective nécessite la consti­tution d’un stock tampon pour assurer un appro­vi­sion­nement continu et cela suppose un fonds de rou­lement. ANDINES va faire appel à des prêts privés pour assurer ce financement.

Le rôle de l’AFPS. L’AFPS apporte un soutien financier en contri­buant au projet global, mais il est également pos­sible pour les groupes qui le sou­haitent d’utiliser une partie du soutien financier vers une localité par­ti­cu­lière ( en accord avec le PFU) ce qui permet des liens concrets. Au-​​delà de l’apport financier,la recherche de fonds auprès des col­lec­ti­vités ou la prise en charge de la dif­fusion de l’huile sont autant d’occasions de sen­si­bi­liser sur les ques­tions essen­tielles qui sont à la base de tous les pro­blèmes pales­ti­niens : l’occupation mili­taire israé­lienne, la colo­ni­sation, la construction du « Mur »… La coopé­ration écono­mique et l’aide inter­na­tionale sont en effet indis­pen­sables dans la situation pré­sente. Mais rien ne sera réglé tant qu’une solution poli­tique ne mettra pas fin à l’occupation et per­mettant la création d’un état pales­tinien viable et souverain.