A qui profite la trêve ?

Marc Saghié, vendredi 20 juin 2008

"L’accalmie réci­proque et simul­tanée" conclue entre Tel-​​Aviv et le mou­vement isla­miste de Gaza doit entrer en vigueur le jeudi 19 juin à 6 heures. La presse arabe et israé­lienne s’interroge sur les chances de cet accord.

"Accord de trêve entre Israël et le Hamas pour six mois. Ouverture des points de passage com­mer­ciaux et négo­cia­tions au sujet de Rafah", titre le quo­tidien Al-​​Quds Al-​​Arabi. Com­mentant l’accord de trêve conclu entre Israël et le Hamas le 17 juin à l’issue d’une médiation égyp­tienne, l’éditorial du quo­tidien natio­na­liste pan­arabe de Londres, Al-​​Quds Al-​​Arabi, se montre prudent. Certes cet accord indirect entre l’Etat juif et le mou­vement isla­miste "constitue une pre­mière décisive dans le conflit israélo-​​arabe, puisqu’Israël reconnaît de maniere claire et explicte un mou­vement qu’il a tou­jours rejeté, le consi­dérant comme terroriste".

Preuve que le Hamas est devenu un par­te­naire reconnu par Israël, Al-​​Quds Al-​​Arabi sou­ligne que le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas et son gou­ver­nement ont tota­lement été exclus de ces négo­cia­tions qui ont duré six mois. Pourtant, "le Hamas n’a pas réussi à imposer dans cet accord sa volonté d’ouvrir le passage de Rafah [qui aurait permis aux Pales­ti­niens d’avoir un accès à l’Egypte], mais Israël n’a pas non plus réussi à inclure dans l’accord la libé­ration du soldat Gilad Shalit [détenu depuis juin 2006 par le Hamas à Gaza]. Le quo­tidien pan­arabe juge "dif­ficile d’évaluer les chances de cet accord avant son appli­cation, même si toutes les expé­riences pré­cé­dentes et les accords simi­laires n’étaient que de courte durée. Cela per­mettra au moins aux Gazaouis de souffler et amé­liorera les condi­tions de vie exté­nuantes dues à l’injuste blocus israélien, qui s’est maintenu tandis que les leaders arabes et le monde entier res­taient silencieux."

Pour le quo­tidien de la gauche israé­lienne Ha’Aretz, le prin­cipal vain­queur diplo­ma­tique et poli­tique de cet accord est le Hamas. "Israël ne pourra plus contrôler la fron­tière à Rafah, c’est le Hamas qui sera le prin­cipal acteur sur ce point de passage avec l’Egypte. Cette trêve donne au Hamas la légi­timité de signer un pro­chain accord de trêve en Cis­jor­danie à la place du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne." Et si demain la récon­ci­liation entre l’Autorité pales­ti­nienne et le Hamas aboutit, "il est pro­bable que de nou­velles élec­tions pré­si­den­tielle et légis­la­tives auront lieu, et le Hamas se pré­sentera avec un maximum de gain politique".

Enfin, le quo­tidien popu­laire israélien Yediot Aha­ronot rap­pelle que même si "tout le monde estime que cet accord est mauvais, fragile et de courte durée, il a été signé pour une seule raison : les deux gou­ver­ne­ments [israélien et celui du Hamas à Gaza] sont faibles et veulent le voir aboutir. Une seule partie a intérêt à saboter cette trêve : l’Iran. Les Ira­niens pourront pousser des mou­ve­ments pales­ti­niens comme le Djihad isla­mique à violer la trêve. Ce sera un test pour le Hamas : se comportera-​​t-​​il comme une orga­ni­sation satel­li­taire de l’Iran, ou prouvera-​​t-​​il qu’il a utilisé l’appui de Téhéran pour ses propres intérêts nationaux ?"