A propos du retour de la France dans l’OTAN. Les liaisons dan­ge­reuses de la nou­velle OTAN. La preuve par Gaza.

Bernard Ravenel, vendredi 30 janvier 2009

La décision de réin­tégrer la France dans les organes du com­man­dement intégré de l’OTAN (la décision doit prendre effet lors du sommet du 60ème anni­ver­saire de l’OTAN qui se tiendra les 3 et 4 avril 2009 à Kihl et à Stras­bourg) bientôt suivie de la mort de 10 soldats français en Afgha­nistan a mis en lumière à travers « l’afghanisation » de la poli­tique mili­taire fran­çaise ce qu’on a appelé un « virage atlan­tiste » lourd de conséquences.

Le récent débat à l’Assemblée nationale sur le maintien ou non des troupes fran­çaises en Afgha­nistan qui a vu le vote négatif du parti socia­liste marque aussi une rupture du consensus national sur l’envoi de troupes à l’étranger. Or c’est sur le succès de cette inter­vention mili­taire en Afgha­nistan que l’OTAN joue sa cré­di­bilité. On mesure l’enjeu.

La France a donc décidé d’abandonner la position fran­çaise établie par De Gaulle en 1966, consistant à pré­server l’autonomie de décision de la France en matière militaire.

En même temps, depuis De Gaulle et la fin du système bipo­laire qui « jus­ti­fiait » l’existence de l’OTAN, celle-​​ci s’est non seulement main­tenue (alors que son vis-​​à-​​vis, l’organisation du pacte de Var­sovie – O.P.V.-, se dis­solvait) mais s’est pro­fon­dément trans­formée sous l’impulsion des Etats-​​Unis.

Par consé­quent, la conversion atlan­tiste de Nicolas Sarkozy doit être ana­lysée en fonction de la nature actuelle de l’OTAN et de la stra­tégie amé­ri­caine qui la détermine. Cette conversion a été for­ma­lisée dans un document important, le Livre blanc qui établit en quelque sorte la doc­trine. Ce double mou­vement - retour dans l’OTAN et Livre blanc – permet de mesurer doc­tri­na­lement et concrè­tement cette conversion, en par­ti­culier pour les consé­quences sur la poli­tique moyen-​​orientale de la France.

Le Livre blanc : une représentation américaine du monde.

Pour mieux mesurer l’importance du chan­gement de pers­pective de la poli­tique mili­taire apportée par le Livre blanc, il faut rap­peler que depuis le tournant opéré par De Gaulle en 1966, il n’y eu que deux Livres blancs qui ont défini l’évolution doc­trinale de la France en matière stra­té­gique, en 1972 et en 1994. En 1972, le premier Livre blanc a pré­senté la vision gaul­lienne de l’indépendance fondée sur la dis­suasion nucléaire, le second, en 1994, a marqué la volonté de François Mit­terrand de situer la poli­tique de défense de la France dans le cadre d’une inter­dé­pen­dance euro­péenne et pré­voyant des pro­jec­tions à l’extérieur. Le Livre de 2008 adopte main­tenant la repré­sen­tation amé­ri­caine sécu­ri­taire du monde pour légi­timer l’alignement de la défense non seulement de la France mais aussi de l’Europe dans l’OTAN. [1]

Cette vision du monde se réduit aux « seules craintes de l’Occident » [2], aux spectres habi­tuels que sont la cri­mi­nalité orga­nisée, l’immigration, et surtout « le ter­ro­risme se réclamant du Dji­ha­disme » [3]. Le Livre blanc fixe l’axe géo­gra­phique prio­ri­taire où les forces fran­çaises auront à inter­venir : il va « de l’Atlantique jusqu’à la Médi­ter­ranée, au Golfe arabo-​​persique et à l’Océan indien » [4] : ce qui cor­respond exac­tement au Grand Moyen-​​Orient défini par les Etats-​​Unis, c’est à dire, la zone pétro­lière « Maghreb Machrek – Golfe Asie Cen­trale ». Le Livre blanc insiste sur « les pos­si­bi­lités nou­velles d’interconnexion des crises, en par­ti­culier du Proche-​​Orient au Pakistan » [5].

C’est ainsi que le Livre blanc établit, par cette lutte contre le ter­ro­risme, la légi­timité de l’intervention mili­taire comme les expé­di­tions puni­tives en Afgha­nistan et en Irak.

Au total, l’adoption de la vision amé­ri­caine anxiogène aboutit à consi­dérer que la solution des crises est confiée à la seule supé­riorité mili­taire, excluant toute action poli­tique. Cette mili­ta­ri­sation de la pensée géos­tra­té­gique aura pour effet de déléguer à la caste mili­taire la conduite de la poli­tique exté­rieure fran­çaise, au Ministère de la défense plutôt qu’au Ministère des Affaires étrangères…

La double mutation génétique d’une alliance asymétrique.

Après la fin du système sovié­tique, les Etats-​​Unis ont voulu conserver l’OTAN. Il leur fallait donc trouver - inventer si néces­saire – de nou­veaux ennemis.

1999 : le premier tournant : la gestion des crises hors zone.

Un nouveau concept stra­té­gique est alors offi­cialisé à l’occasion du 50ème anni­ver­saire de l’OTAN, au Sommet de Washington en avril 1999 : d’Alliance qui, sur la base de l’article 5, engage les pays membres à assister avec la force armée tous les pays membres qui seront attaqués dans la zone Nord-​​Atlantique, celle-​​ci est alors trans­formée en Alliance qui engage les pays membres à « conduire des opé­ra­tions de riposte aux crises non prévues [6] par l’article 5 », au dehors [7] des ter­ri­toires de l’Alliance.

Ce nouveau concept est énoncé au moment même où l’OTAN mène une guerre au cœur de l’Europe contre l’ex-Yougoslavie. Cette guerre permet aux Etats-​​Unis, non seulement de revi­ta­liser l’Alliance mise en crise par la fin de la guerre froide, mais aussi de ren­forcer sa propre influence en Europe, dans une Europe en pleine recom­po­sition poli­tique, écono­mique et militaire.

Dans la foulée, l’OTAN va donc com­mencer à s’étendre vers l’Est et englober les pays de l’ex-Pacte de Var­sovie s’assurant ainsi des ins­tru­ments de pression effi­caces sur la « vieille Europe »… Cette entrée dans l’OTAN de ces pays va per­mettre au Pentagone d’étendre vers l’Est la pré­sence mili­taire amé­ri­caine. C’est ainsi que la base aérienne rou­maine Mikhail Kogal­ni­ceanu sur la Mer Noire est trans­formée en une grande base amé­ri­caine. Son impor­tance, déclare le Pentagone tient au fait qu’elle « est située au car­refour de l’Europe et de l’Asie, à une dis­tance qui permet de frapper en Irak, en Afgha­nistan et autres lieux chauds ». Avec cette poussée vers l’Est européen, l’OTAN « touche » le Moyen-​​Orient… Paral­lè­lement l’OTAN lance en 1994 un « Dia­logue médi­ter­ranéen » avec les pays arabes « modérés » (Algérie, Egypte, Jor­danie, Maroc, Mau­ri­tanie et Tunisie) et Israël.

2002 : le second tournant, après le 11 sep­tembre : le choix du ter­ro­risme comme ennemi global.

Avec l’attentat du 11 sep­tembre 2001, l’ennemi global de l’Alliance est enfin trouvé : c’est « le ter­ro­risme ». En fait ce concept d’ennemi global est com­plété par « l’invention d’ennemis ter­ro­ristes locaux pré­dé­finis comme hypo­stases de l’ennemi global » [8]. Ce sera l’objet du Sommet de Prague en 2002 de définir et d’adopter ce nouveau concept militaire.

La dési­gnation du « ter­ro­risme » comme ennemi commun permet d’étendre la zone de com­pé­tence de l’OTAN du Moyen-​​Orient à l’Asie Cen­trale. L’objectif devient donc la conquête par la force du « Grand Moyen-​​Orient ». La « grande OTAN » voulue par Washington se pousse alors au-​​delà de l’Europe : la guerre en Afgha­nistan reçoit l’aval de l’ONU et de l’OTAN qui assume la direction de la « force inter­na­tionale d’assistance à la sécurité » (F.I.A.S). Mais du fait, entre autres, du refus de la France au Conseil de sécurité, les Etats-​​Unis sont amenés à se lancer uni­la­té­ra­lement en Irak mais l’OTAN donne bientôt une assis­tance tech­nique. Paral­lè­lement l’Iran, le Hez­bollah et le Hamas sont classés comme « ennemis ter­ro­ristes ». et les navires de guerre de l’OTAN patrouillent en Médi­ter­ranée en opé­ra­tions anti-​​terroristes : c’est « l’opération Active Endeavour ».

A partir du slogan de la lutte globale contre le ter­ro­risme, l’intervention de l’OTAN en Afgha­nistan ouvre la voie à une Alliance à vocation mon­diale sus­cep­tible d’intervenir partout dans le monde et plus pré­ci­sément à la demande des Etats-​​Unis. Cette OTAN tou­jours plus impliquée dans la stra­tégie amé­ri­caine ren­contre consensus plus ou moins actif des pays euro­péens qui acceptent ainsi la pérennité d’une alliance asy­mé­trique et l’impossibilité d’une auto­nomie stra­té­gique de l’Europe.

L’OTAN, le Moyen-​​Orient et le rôle d’Israël.

En der­nière analyse, avec le Livre blanc, la France intègre entiè­rement la stra­tégie de l’OTAN post-​​11 sep­tembre selon laquelle il faut mai­triser par la vio­lence ou la menace d’emploi de toutes les armes – y compris nucléaires – l’espace appelé Grand Moyen-​​Orient. Cette stra­tégie de guerre liée à l’enjeu pétrolier (gise­ments et voies de com­mu­ni­cation) suppose que les euro­péens prennent leur part du fardeau. Dans ce contexte « sécu­ri­taire », la place et le rôle d’Israël – sa fonction géos­tra­té­gique – et son rapport à l’OTAN deviennent des ques­tions décisives.

Le 20 février 2008, le Jéru­salem Post dif­fusait l’information sui­vante : « Les Etats-​​Unis étudient la pos­si­bilité de déployer des troupes de l’OTAN en Cis­jor­danie de manière à ras­surer Tsahal et à aider son retrait dans les pro­chaines années a déclaré un officiel de la défense au Jéru­salem Post. Le plan, mis au point par l’envoyé spécial des Etats-​​Unis au Moyen-​​Orient, le Général James Jones (actuel conseiller de Barack Obama), est discuté parmi les pays euro­péens dont la par­ti­ci­pation à la force mul­ti­na­tionale pourrait être réclamée » [9].

Cette infor­mation revêt d’autant plus d’importance que l’allusion aux pays euro­péens à qui on a com­mu­niqué ce plan concerne essen­tiel­lement la France (et aussi l’Italie, qui avec la France compose l’essentiel de la FINUL au Liban). Or depuis la for­mation de la FINUL, la France et l’Italie ont élu des gou­ver­ne­ments ouver­tement ralliés à la stra­tégie américano-​​israélienne. Et cela concerne par­ti­cu­liè­rement le rôle que l’on veut donner à la nou­velle OTAN.

De ce point de vue l’évolution des rap­ports entre Israël et l’OTAN mérite un retour en arrière.

Israël et l’OTAN.

Née en 1949, un an après Israël, l’OTAN inté­resse assez vite Israël qui se sent encerclé par le monde arabe. Cependant, les Etats-​​Unis pré­fèrent main­tenir Israël à dis­tance car ils craignent, en sou­tenant l’entrée d’Israël dans l’OTAN, de pousser ainsi les Etats arabes vers l’URSS

Cependant, Tel Aviv main­tient de bonnes rela­tions diplo­ma­tiques bila­té­rales avec les plus impor­tants membres de l’OTAN, en par­ti­culier, bien sûr, avec la France qui lui accorde une aide mili­taire très sub­stan­tielle. Mais après la rupture gaul­liste en 1967, les Etats-​​Unis – et non l’OTAN – prennent une place décisive dans les rela­tions mili­taires avec Israël (livraison de mis­siles anti-​​aériens, chars et avions d’attaque). Israël devient un protégé de Washington et ne compte pas du tout sur le soutien stra­té­gique des autres pays de l’OTAN.

Avec la fin de la guerre froide, Israël déve­loppe des rela­tions étroites avec les pays de l’Europe orientale, pour qui la route pour Washington passe par Tel Aviv… En même temps, Israël a construit une grande industrie d’armement qui aura beaucoup à offrir aux membres anciens et nou­veaux de l’OTAN

Cependant pendant la guerre en ex-​​Yougoslavie, Israël ne sou­tient pas l’intervention de l’OTAN pour le retour des réfugiés au Kosovo.

Mais Israël par­ticipe au « Dia­logue médi­ter­ranéen » de l’OTAN dès son début en 1994 avec des pays arabes « modérés » dont l’Egypte. En 2001, il est le premier par­te­naire à signer dès après le 11 sep­tembre un accord de sécurité avec l’OTAN. Les Etats-​​Unis après avoir fait rentrer le conflit israélo-​​palestinien dans le cadre de la guerre froide l’associent désormais à la guerre per­ma­nente contre le ter­ro­risme. L’arrivée quasi consé­cutive au pouvoir de Georges W. Bush aux Etats-​​Unis et d’Ariel Sharon en Israël crée pour la pre­mière fois les condi­tions poli­tiques d’un véri­table pacte idéo­lo­gique, mili­taire et stra­té­gique reliant les milieux les plus réac­tion­naires et bel­li­cistes des deux pays. On assiste alors avec la guerre contre l’Irak en 2003, à une iden­ti­fi­cation totale de la poli­tique exté­rieure amé­ri­caine avec celle d’Israël, réa­lisant ainsi une sorte de « Grand Israël » de la Médi­ter­ranée à la rive occi­dentale de l’Euphrate – en condo­minium avec les fon­da­men­ta­listes chré­tiens évan­gé­lique qui contrôlent l’administration Bush.

Désormais Israël devient un membre associé de l’OTAN par­ti­cipant à des manœuvres navales com­munes en Médi­ter­ranée et ayant accès à la pla­ni­fi­cation mili­taire OTAN établie par les Etats-​​Unis. L’articulation du système mili­taire israélien et l’OTAN se ren­force sans prévoir une adhésion for­melle qui signi­fierait pour Israël des limites à sa liberté d’action.

En 2004, dans le cadre du forum d’Herzliya, qui réunit le gratin politico-​​économique de l’Etat d’Israël, on évoque sérieu­sement l’idée du néces­saire res­ser­rement des liens entre Israël et l’OTAN, voire même de l’adhésion de l’Etat juif à l’OTAN. Georges W. Bush semble avoir donné son aval à cette idée. « Pour mieux assurer sa sécurité, faire face aux menaces, en par­ti­culier ira­niennes, Israël se doit d’intégrer la plus vaste, la plus puis­sante orga­ni­sation de défense du monde, l’OTAN » déclare alors l’organisateur de ce forum, le docteur Uzi Arad, conseiller de Neta­nyahu et du Mossad.

En 2005, la pro­po­sition d’entrée d’Israël dans l’OTAN est relancée par Ronald Asmus, directeur du German Mar­shall Funds Trans­at­lantic Centre de Bruxelles, ancien assistant du secré­taire d’Etat amé­ricain pour les ques­tions euro­péennes entre 1997 et 2000. Elle est reprise par Silvio Ber­lusconi et son ministre de la défense A. Martino « pour assurer à Israël une défense adé­quate », « de cette manière, une éven­tuelle agression contre Israël serait une attaque contre l’OTAN »…

Les étapes du pro­cessus se pré­cisent : projet pré­senté en février 2005 par Israël à l’OTAN, voyage à Tel Aviv de H. Jaap De Hoop Scheffer, le premier en Israël d’un secré­taire général de l’Alliance atlan­tique, qui à cette occasion considère le pro­cessus d’approche comme un « impé­ratif stra­té­gique », en mai, Israël devient membre de l’Assemblée par­le­men­taire de l’OTAN, en juin, par­ti­ci­pation de l’armée israé­lienne à des exer­cices mili­taires de l’OTAN (opé­ration « Spring Flag »), col­la­bo­ration entre ser­vices de ren­sei­gnement contre l’Iran et la Syrie, arrivée d’un officier de liaison israélien au quartier général de l’OTAN à Naples (qui com­mande la com­po­sante navale de l’OTAN).

Et en 2008, c’est l’idée de déployer des troupes OTAN en Cisjordanie…

2008-​​2009 : Gaza et la « solution OTAN ».

Il convient main­tenant de s’interroger sur l’implication désormais directe de l’OTAN dans son soutien mili­taire à Israël.

Le 2 décembre 2008 : trois semaines avant l’attaque israé­lienne contre Gaza, l’OTAN a ratifié le « Pro­gramme de coopé­ration indi­vi­duelle » avec Israël. Ce pro­gramme couvre une vaste gamme de domaines dans les­quels « l’OTAN et Israël coopé­reront plei­nement » : contre-​​terrorisme (échange d’informations entre les ser­vices de ren­sei­gnement) ; connexion d’Israël au système élec­tro­nique OTAN ; coopé­ration dans le secteur des arme­ments ; aug­men­tation des manœuvres mili­taires conjointes OTAN-​​Israël ; élar­gis­sement de la coopé­ration dans la lutte contre la pro­li­fé­ration nucléaire (visant bien entendu l’Iran tout en « oubliant » qu’Israël unique puis­sance nucléaire de la région a refusé de signer le TNP (Traité de Non-​​Prolifération).

11 janvier 2009 : Près de deux semaines après le début de l’attaque israé­lienne, le secré­taire général de l’OTAN, Jaap De Hoop Scheffer s’est rendu en visite offi­cielle en Israël dans le cadre du « Dia­logue médi­ter­ranéen ». Une visite pra­ti­quement passée sous silence par les médias occi­dentaux. Dans son dis­cours, il a répété que « le Hamas avec ses attaques conti­nuelles de mis­siles contre Israël s’est endossé la res­pon­sa­bilité des ter­ribles souf­frances du peuple qu’il dit repré­senter » (sic). A cette occasion, il a rappelé qu’Israël contribue effi­ca­cement à l’opération maritime OTAN Active Endeavour, lancée en 2001 pour « com­battre le trafic illicite et le ter­ro­risme en Médi­ter­ranée ». L’escadre navale OTAN dans laquelle sont insérées les unités israé­liennes est com­mandée par un officier italien mais cette escadre dépend du Joint Force Command OTAN de Naples aux ordres de l’amiral amé­ricain. Dans ce com­man­dement a été inséré un officier israélien qui assure la liaison entre les forces OTAN et les forces israéliennes.

Le secré­taire général de l’OTAN a donc félicité Israël pour avoir adhéré avec « le plus grand enthou­siasme » au « Dia­logue médi­ter­ranéen » dont le but est de « contribuer à la sécurité et la sta­bilité de la région ». Pendant ce temps, les forces israé­liennes mas­sa­craient cou­ra­geu­sement par mer, par air et par terre les civils dont beaucoup d’enfants à Gaza.

16 janvier 2009, un accord Etats-​​Unis/​Israël est signé entre Condo­leeza Rice et Tzipi Livni. Cet accord prévoit une coopé­ration étroite entre les ser­vices de ren­sei­gnement pour « iden­tifier la pro­ve­nance des armes qui entrent à Gaza » et prévoit aussi un blocus ter­restre et maritime pour empêcher cette « contre­bande ». Dans la foulée, T. Livni invite l’OTAN à par­ti­ciper à cette opé­ration. La réponse était acquise. [10]

Le 18 janvier 2009, aux pre­miers jours du cessez-​​le-​​feu s’est tenu le sommet de Charm El Cheikh, convoqué par Mou­barak et Sarkozy pour tenter de conso­lider la trêve décidée à la fois par Israël et par le Hamas. Le soir même, Nicolas Sarkozy se retrouve en Israël avec cinq autres diri­geants euro­péens pour montrer que les euro­péens sont « aux côtés d’Israël pour assurer son droit à la sécurité ». Les Euro­péens, par la voix de Sarkozy, annoncent leur soutien à la décision amé­ri­caine de par­ti­ciper à la sur­veillance de la fron­tière entre Egypte et Bande de Gaza. Ils pro­posent « de mettre à la dis­po­sition d’Israël et de l’Egypte, tous les moyens tech­niques, diplo­ma­tiques et mili­taires, notamment naval, pour aider à arrêter le trafic d’armes vers Gaza »1.

Quelques jours après, Sarkozy envoie une frégate dans le secteur. Le tour est joué, sans tambour ni trom­pette, le nouveau rôle de l’OTAN dans le conflit israélo-​​palestinien se met subrep­ti­cement en place, sous la direction de Nicolas Sarkozy. Ainsi émerge la nature véri­table de l’opération sous l’égide OTAN dans laquelle la France joue un rôle de pointe : sou­mettre Gaza à un nouveau type d’embargo camouflé en peace keeping, tout en conti­nuant à sou­tenir et à armer Israël.

L’appui incon­di­tionnel à Israël par l’OTAN et les pays euro­péens risque de com­pro­mettre très vite à la fois la très fragile trêve et les efforts inter-​​palestiniens de recons­truire leur unité interne.

Toute cette coïn­ci­dence spatio-​​temporelle entre l’entrée incon­di­tion­nelle de la France dans le système mili­taire OTAN et les projets américano-​​israéliens sur le rôle de l’OTAN au Moyen-​​Orient doit nous inter­roger sur le rôle qu’entend jouer la France dans une pers­pective qui consacre l’abandon complet de tout rôle de l’ONU dans un éventuel « accord de paix ». Il faut se sou­venir qu’au Liban en 2006 la mise en place de la FINUL reliée à l’ONU s’était réa­lisée contre les sou­haits des Etats-​​Unis et d’Israël.

L’actuel réali­gnement de la France (et de l’Italie) sur la « paix israélo-​​américaine » au Moyen-​​Orient ouvre la porte à toutes les aven­tures. Un pro­cessus qui subor­donnera davantage encore l’Union euro­péenne au bon vouloir de Washington, qui ren­forcera le gou­ver­nement israélien dans son refus de traiter sérieu­sement avec les repré­sen­tants pales­ti­niens et de se retirer des ter­ri­toires occupés. Désormais l’OTAN se met aux côtés des opé­ra­tions militaro-​​policières d’Israël et risque d’apparaître aux yeux de cen­taines de mil­lions d’Arabes et de musulmans comme le bras armé d’une Alliance fon­da­men­ta­liste judéo-​​chrétienne contre l’Islam.

Mais en France, en Europe comme aux Etats-​​Unis des forces vont s’opposer à ce nouveau système atlan­tique direc­tement articulé sur Israël et porteur d’une logique de croisade. Une pre­mière question se pose, que va faire l’envoyé spécial de Barack Obama pour le Moyen Orient, George Mitchell ?

[1] Il faut pré­ciser que la rédaction du Livre blanc a été confiée par une lettre de mission du Pré­sident de la Répu­blique à une majorité de tenants de la pensée néo-​​​​conservatrice. Parmi eux, citons Thérèse Delpech pom­peu­sement pré­sentée comme direc­trice des affaires stra­té­giques au Com­mis­sariat à l’énergie ato­mique (C.E.A.) et qui est le relai com­plaisant de toute la pro­pa­gande néo-​​​​conservatrice américano-​​​​israélienne sur la menace nucléaire ira­nienne. Il faut surtout citer François Heis­bourg lié au think-​​​​tank anglo-​​​​saxon atlan­tiste, par­tisan lui aussi, mais en plus sophis­tiqué, du bom­bar­dement de l’Iran. Fina­lement les deux socia­listes membres de la Com­mission Paul Quilès et Louis Gautier ont été amené à démis­sionner pour pro­tester contre « une opé­ration télé­guidée par Nicolas Sarkozy » (Le Monde, 17 juin 2008).

[2] Louis Gautier : la défense entre recen­trage et ali­gnement (Le Monde, 19 juin 2008).

[3] Extrait du Livre blanc « les prio­rités du Livre blanc sur la défense » (Le Monde, 18 juin 2008).

[4] Id.

[5] Id.

[6] Sou­lignés par nous.

[7] The New York Times (12 octobre 2004).

[8] Alain Joxe, l’OTAN et l’Union euro­péenne au condi­tionnel futur, Recherches Inter­na­tio­nales, janvier-​​​​mars 2008 (n°81)

[9] Flash info du Jéru­salem Post, édition fran­çaise, 20 février 2008. James Jones est un ancien com­mandant de l’OTAN.

[10] Il faut noter qu’en sep­tembre 2008, le Congrès amé­ricain avait approuvé la four­niture à Israël de 1000 bombes anti-​​​​bunker Gbu-​​​​39 guidées par GPS qui pénètrent environ d’un mètre dans le ciment armé avant d’exploser. Ces bombes arrivées en Israël en début décembre sont uti­lisées « avec succès » dans l’attaque contre Gaza. D’autres four­ni­tures ont suivi, de façon à ce que les forces israé­liennes engagées dans les bom­bar­de­ments massifs ne restent pas à court de muni­tions, y compris celles au phos­phore. Ces muni­tions sont entre­posées dans un dépôt amé­ricain en Israël qui, comme cela s’est produit pendant la guerre du Liban en 2006, ravi­taillent les forces israé­liennes « en cas d’urgence ». Infor­mation tirée du Jéru­salem Post, 29 décembre 2008.