A couteaux tirés

Rania Adel, mardi 5 août 2008

Des affron­te­ments entre le Fatah et le Hamas ont ravivé la tension dans les ter­ri­toires occupés, mini­misant davantage les chances d’une réconciliation.

Nou­velle com­pli­cation. Ce n’est certes pas la pre­mière fois que les deux prin­ci­pales fac­tions, le Fatah et le Hamas, se livrent à des combats armés, mais il faut avouer que leur ani­mosité a atteint cette fois son faîte. Des arres­ta­tions, des attaques et des échanges d’accusations, et c’est le peuple qui en paye le prix. Mais le pire dans ce scé­nario est que plu­sieurs membres du Fatah ont cherché refuge en Israël. Selon la radio mili­taire israé­lienne, l’ouverture excep­tion­nelle du point de passage de Nahal Oz aux membres du Fatah a été décidée samedi par le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, à la demande du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass et de res­pon­sables égyp­tiens. Ce n’est que dimanche que plu­sieurs dizaines de Pales­ti­niens qui avaient cherché refuge en Israël après avoir été attaqués par des forces du Hamas ont regagné la bande de Gaza à la demande du pré­sident Abbass.

Un premier contingent de 32 membres du Fatah, sur les plus de 180 qui avaient fui samedi en Israël, est rentré tandis que d’autres ont suivi dans la journée. Un porte-​​parole du Hamas, Sami Abou-​​Zouhri, a déclaré que les forces de sécurité du mou­vement isla­miste avaient inter­pellé pour les inter­roger des « dizaines » de membres du Fatah à leur retour. « Ceux qui ont enfreint la loi feront l’objet d’une enquête de police et s’ils sont cou­pables, ils seront jugés. Ceux qui s’avéreront inno­cents seront relâchés », a précisé le porte-​​parole. Il a tou­tefois estimé que leur fuite était « la preuve qu’ils ont enfreint la loi, car ils pré­fèrent se sou­mettre à l’occupation (israé­lienne) plutôt que de rester chez eux ».

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur du Hamas, Saïd Siyam, a déclaré : « Nous pouvons confirmer que le Fatah est impliqué dans ces attentats », a-​​t-​​il déclaré, accusant des cel­lules proches du Fatah d’inciter à la vio­lence contre le gou­ver­nement du Hamas. Le parti de Mahmoud Abbass a rejeté ces deux accusations.

Accusations et contre-​​accusations

Les vio­lences inter­pa­les­ti­niennes de samedi qui avaient fait neuf morts et quelque 90 blessés sont les plus meur­trières depuis la prise du pouvoir du mou­vement isla­miste dans le ter­ri­toire en juin 2007. Elles ont éclaté lorsque des poli­ciers du Hamas ont voulu arrêter dans la ville de Gaza des membres du clan familial Helis (pro-​​Fatah), accusés par les isla­mistes d’être res­pon­sables d’un attentat à la bombe le 25 juillet. Cet attentat avait coûté la vie à Gaza à cinq membres des Bri­gades Ezzedine Al-​​Qassam, la branche armée du Hamas, et à une fillette de cinq ans. Le Fatah a démenti toute implication.

Depuis l’attentat du 25 juillet, le Hamas a arrêté plus de 300 per­sonnes, pour la plupart membres du Fatah, dans la bande de Gaza. Le Fatah n’est pas resté les bras croisés et a également lancé une vague d’arrestations de membres du mou­vement isla­miste en Cis­jor­danie. A Naplouse, en Cis­jor­danie, des mili­tants du Fatah ont enlevé un res­pon­sable du Hamas, Mohammed Ghazal, et l’ont relâché quelques heures plus tard.

Les ver­sions des deux mou­ve­ments ne cessent de diverger. Le Hamas a accusé le clan Helis de tirer des obus de mortier contre sa police. Ehab Al Ghasain, porte-​​parole du ministère de l’Intérieur du Hamas à Gaza, a affirmé que le clan Helis cachait des gens impliqués dans ces attentats.

« La famille Helis est devenue une force mili­taire (…) et ses membres ont attaqué, enlevé et même tué des gens. Il faut mettre un terme à ces attaques contre des citoyens innocents ».

Et la famille Helis a démenti en repro­chant à son tour au mou­vement isla­miste de com­mettre des crimes. Le Fatah du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass se défend également de toute impli­cation et assure que le clan Helis n’est pour rien dans ces explo­sions. Le pré­sident pales­tinien a jugé inac­cep­table l’opération du Hamas, qui va selon lui à l’encontre de son appel à un dia­logue national.

Sans nul doute, ces nou­velles vio­lences vont com­pliquer les efforts déployés par l’Egypte pour récon­cilier le Fatah et le Hamas qui a pris l’an dernier le contrôle de la bande de Gaza après en avoir chassé les forces du Fatah. Mais le plus important encore, c’est que les inci­dents de cette semaine ont poussé les Pales­ti­niens eux-​​mêmes à voir dans la fuite des membres du Fatah vers Israël une com­plicité entre les deux. Que ce soit le Hamas, dont l’accession au pouvoir n’a eu que des réper­cus­sions néfastes sur la vie du peuple, ou le Fatah qui mul­tiplie plus les contacts avec l’occupation qu’avec le mou­vement isla­miste, les deux mou­ve­ments se dis­cré­ditent aux yeux du peuple de plus en plus. Aucun d’eux n’est capable d’adopter une action cou­ra­geuse, de prendre l’initiative d’entamer des véri­tables pour­parlers avec l’autre pour briser l’iceberg et résoudre la crise qui a consacré l’inter-division.