A Naplouse, l’armée israélienne lance la bataille du "Mall"

Michel Bôle-​​Richard, mardi 22 juillet 2008

A Naplouse, le choc a été immense lorsque l’ordre de fer­meture du "Mall" a été signifié le 9 juillet. L’armée a décidé de saisir cette galerie com­mer­ciale de quatre étages com­portant 70 magasins et des bureaux offi­ciels de l’Autorité palestinienne.

Après tant d’autres, une nou­velle bataille a com­mencé à Naplouse, long­temps consi­dérée par Israël comme la capitale du "ter­ro­risme" en Cis­jor­danie. Un accord avait pourtant été conclu entre l’Autorité pales­ti­nienne et l’Etat juif à l’automne 2007 : les forces de police pales­ti­niennes avaient été consi­dé­ra­blement ren­forcées ; les com­bat­tants des Bri­gades des martyrs d’Al-Aqsa avaient rendu leurs armes ; le calme était revenu en dépit des raids fré­quents de Tsahal [1], qui s’est réservé un droit d’incursion nocturne.

Mais il y a quelques jours, l’armée israé­lienne a lancé une nou­velle offensive contre une série d’établissements soup­çonnés "d’exploiter les infra­struc­tures civiles pour recruter du soutien en faveur des acti­vités ter­ro­ristes du Hamas". C’est ainsi qu’un certain nombre de per­qui­si­tions mus­clées ont eu lieu dans plu­sieurs mos­quées, à la mairie, dans une station de télé­vision locale, dans un centre com­mercial. Chaque fois, des docu­ments et des ordi­na­teurs ont été saisis. Une école isla­mique a été fermée et des bus sco­laires confisqués. Lors d’un autre raid noc­turne, dans la nuit du lundi 14 au mardi 15 juillet, au moins 24 per­sonnes, dont des membres du Hamas, ont été arrêtées lors de rafles.

Naplouse, après Hébron au mois de mars, est la cible des auto­rités mili­taires israé­liennes qui craignent que les isla­mistes n’utilisent les asso­cia­tions cari­ta­tives pour étendre leur influence et prendre le contrôle de la Cis­jor­danie, après avoir pris celui de la bande de Gaza il y a un an.

C’est pourquoi tout ce qui paraît être lié de près ou de loin au Mou­vement de la résis­tance isla­mique est visé. Et notamment le Daawa, un orga­nisme regroupant toutes les acti­vités sociales ou cha­ri­tables accusées d’accroître l’"allégeance poli­tique" au Hamas. Y compris les bou­lan­geries qui, comme à Hébron, ont été fermées, car sus­cep­tibles de financer les islamistes.

Choc immense

A Naplouse, le choc a été immense lorsque l’ordre de fer­meture du "Mall" a été signifié le 9 juillet. L’armée a décidé de saisir cette galerie com­mer­ciale de quatre étages com­portant 70 magasins et des bureaux offi­ciels de l’Autorité pales­ti­nienne. La raison invoquée par les Israé­liens est que la société qui cha­peaute ce com­plexe serait proche du Hamas.

Les soldats ont condamné avec des barres de fer soudées entre elles les bou­tiques vides, fermé les locaux de la société, brisé les caméras de sur­veillance et laissé sur les vitrines l’ordre de déguerpir avant le 15 août car, à partir de cette date, l’utilisation des locaux sera pas­sible d’une peine de cinq ans de prison.

Les lieux devien­dront la pro­priété de Tsahal et les équi­pe­ments seront confisqués, indique le décret mili­taire, qui précise : "Si vous restez dans le magasin après le 15 août, vous serez considéré comme tra­vaillant pour le Hamas."

La décision de fermer le "Mall" a immé­dia­tement été prise très au sérieux par l’Autorité pales­ti­nienne. Le premier ministre, Salam Fayyad, s’est rendu tout de suite sur les lieux pour dénoncer cette "humi­liation qui va entraver (nos) efforts pour rétablir l’ordre et l’autorité en Cis­jor­danie". Une délé­gation du comité exé­cutif de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) est venue sur place, lundi 14 juillet, pour prendre la mesure du "sinistre", selon le mot d’Azzamal Ahmad, diri­geant du Fatah.

Le gou­verneur Jamal Muheisen (Fatah) pro­teste contre la fer­meture d’institutions "utiles au peuple pales­tinien" et dément que le "Mall" soit contrôlé par le Hamas. "Qu’on nous le prouve !", s’insurge un com­merçant qui s’emporte contre les diri­geants de l’OLP, demandant des actes plutôt que des belles paroles.

Quant à Yasser Abed Rabbo, proche conseiller de Mahmoud Abbas, pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, il s’interroge sur le point de savoir "si c’est la loi israé­lienne ou la loi pales­ti­nienne qui prévaut à Naplouse". Pour les com­mer­çants, la réponse est claire. Ils envi­sagent dif­fé­rents types d’action "pour empêcher que le crime ne se pro­duise", selon la formule d’Omar Al-​​Khayyat, pro­prié­taire d’un res­taurant et d’un café.

Que faire contre "l’emprise crois­sante des Israé­liens, qui veulent tout régenter" ? s’inquiète Nabil Mabroukeh, un autre com­merçant. "L’occupation israé­lienne est devenue folle", s’alarme, de son côté, le jour­na­liste israélien Gideon Levy, dans le quo­tidien Haaretz. Il qua­lifie d’"absurde" la poli­tique consistant à "rendre plus pauvre et plus déses­pérée une popu­lation afin de com­battre le Hamas". "Israël n’a-t-il rien appris de l’échec du blocus de la bande de Gaza ?", s’indigne-t-il.

Le Hamas fait remarquer que ces magasins opé­raient avec une licence délivrée par l’Autorité pales­ti­nienne. "Est-​​ce que, demain, Israël va fermer les mos­quées, les écoles, les librairies, les dis­pen­saires au pré­texte que ces établis­se­ments sont contrôlés par le Hamas ?", s’interroge Omar Al-​​Khayyat.

"Les écoles et les orphe­linats du Hamas éduquent des géné­ra­tions dans l’esprit du djihad (guerre sainte) et de l’endoctrinement du Hamas comme valeur suprême", indique le ministère des affaires étran­gères, rap­pelant qu’Ehoud Barak, ministre israélien de la défense, vient de bannir 36 orga­ni­sa­tions de charité qui, à travers le monde, per­met­traient de financer le mou­vement islamiste.

[1] nom donné à l’armée israé­lienne par les Israé­liens et de nom­breux médias qui reprennent ainsi le nom interne, "privé", de cette armée dite de défense