A Jérusalem la colonisation s’accélère

Michel Warschawski, vendredi 22 janvier 2010

Le trio Netanyahou-​​Lieberman-​​Barack veut pré­ci­piter la colo­ni­sation de Jérusalem-​​Est avec pour l’objectif de lui enlever son caractère de ville arabe.

Dans le lieu-​​dit Beit Orot, en plein Jérusalem-​​Est, la muni­ci­palité vient de donner un permis de construire pour 24nouvelles unités de logement. Beit Orot est une colonie établie il y a une ving­taine d’années au coeur du quartier arabe d’A-Tur, sur les flancs du mont Scopus. Jusqu’à présent, elle était restée isolée, à quelques dizaines de mètres de des rési­dences pales­ti­niennes. Le projet ratifié par la muni­ci­palité autorise la construction de quatre immeubles qui seront habités par des colons d’extrême-droite, dont le but est de faire partir le plus grand nombre pos­sible de rési­dents arabes et de les rem­placer par d’autres colons.

Ce type de colo­ni­sation, au coeur des quar­tiers arabes de la ville, n’est pas nouveau : alors que l’ancien maire de Jéru­salem, Teddy Kollek, archi­tecte de l’« unification » uni­la­térale et forcée de la ville, avait voulu éviter les mélanges de popu­la­tions, et défendu la « colo­ni­sation dans la sépa­ration », Ehoud Olmert qui lui avait succédé à la tête de la mairie, et surtout Ariel Sharon, à l’époque ministre de la Construction et du Logement, ont, au cours des deux der­nières décennies, encouragé la colo­ni­sation juive au coeur des quar­tiers arabes.

L’élargissement de la colonie de Beit Orot à A-​​Tur fait partie d’un plan d’ensemble qui incluse les quar­tiers de Cheikh Jarrah, de Silwan et le parc de l’ancien hôtel She­pherd, plan qui vise à « désa­ra­biser » pro­gres­si­vement Jérusalem-​​Est. Après avoir échoué dans la poli­tique de net­toyage eth­nique de la ville et réalisé que malgré tous les moyens admi­nis­tratifs mis en oeuvre depuis qua­rante ans, la popu­lation pales­ti­nienne, loin de se réduite, était passée de 27% à 34% des deux villes réunies, la nou­velle stra­tégie est donc d’enlever, petit à petit, à Jérusalem-​​Est son caractère de ville arabe. Les Pales­ti­niens res­teront un tiers de la popu­lation de Jéru­salem, mais noyés dans la popu­lation juive majoritaire.

Nom­breux sont les poli­ti­ciens israé­liens qui s’opposent à cette poli­tique, lourde de ten­sions futures entre les deux com­mu­nautés, mais leurs voix sont aujourd’hui mar­gi­na­lisées par l’extrême-droite au pouvoir. Cette même extrême-​​droite qui a répondu à la demande du pré­sident Obama de geler la colo­ni­sation par la construction de, pro­vo­ca­trice s’il en est, de 3000 nou­velles unités de logement dans la colonie de Guilo, dans la ban­lieue sud de Jérusalem.

Au moment où la pré­si­dence sor­tante de l’Union euro­péenne réaf­firme que Jérusalem-​​Est doit être la capitale du futur Etat pales­tinien, où la Délé­gation de cette même Union euro­péenne à Jéru­salem met en garde contre l’irréversibilité de cette judaï­sation de Jérusalem-​​Est, où le pré­sident états-​​unien demande le gel de la colo­ni­sation, le trio Netanyahou-​​Lieberman-​​Barack donne un coup d’accélérateur à une colo­ni­sation tous azimuts de Jérusalem-​​Est. Jusqu’à quand les laissera-​​t-​​on faire ?