A Gaza, une conférence de "psy" sur le blocus… bloquée

Benjamin Barthe, samedi 1er novembre 2008

Une confé­rence inter­na­tionale de psy­cho­logues, psy­chiatres et uni­ver­si­taires étrangers s’est tenue à Gaza pour dis­cuter des effets du blocus israélien sur la santé mentale des habi­tants. Or, plus de 80 par­ti­ci­pants venus des Etats-​​Unis, du Royaume-​​Uni, de Suède ou des Pays-​​Bas, se sont vus empêchés se rendre à Gaza

C’est une variante à la mode gazawie du sketch de l’arroseur arrosé. Une his­toire absurde comme il en sur­vient tous les jours dans ce ter­ri­toire que l’Etat d’Israël a mis en qua­ran­taine depuis que le Hamas y a pris le pouvoir en juin 2007.

Lundi 27 et mardi 28 octobre, , une confé­rence inter­na­tionale s’est tenue à Gaza ville pour dis­cuter des effets du blocus israélien sur la santé mentale des habi­tants à l’initiative du Gaza Com­munity Mental Health Pro­gramme (GCMHP), une ONG spé­cia­lisée dans la pré­vention et le trai­tement des troubles mentaux. Une cen­taine de psy­cho­logues, psy­chiatres et uni­ver­si­taires étrangers étaient invités aux débats orga­nisés avec le soutien de l’Organisation mon­diale de la santé (OMS).

Comme l’arroseur piégé par son arrosoir, ces éminents spé­cia­listes des situa­tions de sièges ont été vic­times… du siège israélien.

Empêchés de tra­verser le ter­minal d’Erez, qui com­mande l’entrée dans la bande côtière pales­ti­nienne, ils se sont repliés sur Ramallah, où ils ont suivi la confé­rence par vidéo inter­posée. "Ces gens n’ont pas coor­donné leur venue en avance, affirme Ygal Palmor, porte-​​parole du ministère des affaires étran­gères israélien. Les Pales­ti­niens doivent com­prendre qu’élire un mou­vement comme le Hamas, qui est en état per­manent de conflit avec Israël, a un prix. D’ailleurs, cette confé­rence a été récu­pérée par le Hamas."

La version de Tony Lau­rance, repré­sentant de l’OMS dans les ter­ri­toires occupés, est rigou­reu­sement contraire. "Il s’agit d’une confé­rence scien­ti­fique à laquelle le Hamas n’a pris part en aucune manière, dit-​​il. Nous avons déposé il y a trois semaines les demandes de permis, et il y a une semaine, les auto­rités israé­liennes nous ont répondu par la négative."

Enfants en situation de siège

Malgré leur déception, la plupart des inter­ve­nants ont maintenu leur voyage, à l’image d’Elsa First, pro­fesseur de psy­cho­logie à l’université de New York. "J’ai tra­vaillé six mois sur le thème de l’écoute des enfants en situation de siège. J’en ai même inter­viewé cer­tains par télé­phone, dans l’attente du voyage. Et un jour, un général à Tel Aviv décide, d’un trait de stylo, que tout ce travail ne compte pour rien. Quel chutzpah (culot en hébreu) !"

A Gaza, le docteur Eyad Sarraj, directeur du GCMHP et modéré notoire, fulmine : "Israël punit le peuple, pas le Hamas. Un jour, cela se retournera contre lui." Un mauvais sketch qui pourrait s’appeler l’assiégeur assiégé…