A Gaza, "on vit parce que la mort ne veut pas de nous"

"La faim, la pauvreté, la maladie, les soucis, le blocus (par Israël) et notre maison détruite...la fatigue en plus : voilà à quoi se résume notre vie".

Adel ZAANOUN, L’Orient le Jour avec AFP, dimanche 31 janvier 2016

Azza al-Najjar, 24 ans, a emmitouflé son bébé dans une couverture, défense dérisoire contre le froid glacial du petit mobile home où elle vit avec sa famille depuis que leur maison a été rasée par Israël durant la guerre à Gaza en 2014.

L’enclave palestinienne vient d’être frappée par une vague de froid, de pluie et de vents violents, qui a encore compliqué la vie des milliers de déplacés. "Avec le froid, les gens souffrent encore plus. Mon fils a des problèmes respiratoires et son état a empiré", se lamente Azza, qui vit dans ce mobile home exigu près de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, avec son mari, rendu paraplégique par une balle israélienne qui l’a touché au crâne, et leurs deux enfants. "La faim, la pauvreté, la maladie, les soucis, le blocus (par Israël) et notre maison détruite...la fatigue en plus : voilà à quoi se résume notre vie", lâche cette Palestinienne.

Pour le deuxième hiver consécutif après la guerre de 2014, la pluie s’infiltre dans son mobile home. Samir al-Najjar, son mari, enveloppé lui aussi dans des couvertures, regarde impuissant les ruisseaux d’eau qui se forment dans les rues avant d’entrer dans leur maison temporaire.

Coupures d’électricité

"On vit, mais c’est seulement parce que même la mort ne veut pas de nous", lâche cet homme de 30 ans, qui survit et nourrit sa famille avec des dons d’associations de bienfaisance "qui ne suffisent pas".

Comme toute la population gazaouie, la famille Najjar n’a d’électricité que quelques heures par jour et l’eau aussi fait des siennes. Et pourtant, avec ce mobile home, la famille d’Azza fait figure de privilégiée. Dans l’enclave de Gaza coupée du monde par le blocus israélien et la fermeture de la frontière égyptienne, 100.000 personnes attendent toujours une solution de relogement.

Dans le petit village de mobile homes, parmi la centaine de cubes de tôle blanche de cinq mètres sur trois où d’autres familles déplacées ont été installées par une association humanitaire émiratie, certains ont tendu des bâches en plastique sur les toits pour contenir les ruissellements. Parce que le mauvais temps a poussé les écoles de l’ONU à fermer, certains enfants jouent dans la rue, pieds nus sous une pluie drue. Ailleurs, une maigre flamme danse sous une théière autour de laquelle trois enfants s’agglutinent pour tenter de se réchauffer. En hiver, vivre dans un mobile home, c’est "avoir l’impression d’être dans une morgue et en été dans un four", résume Abdallah al-Najjar, 48 ans, qui s’entasse avec six autres membres de sa famille dans un de ces préfabriqués.

Promesses non tenues

Deux mois après le cessez-le-feu d’août 2014, la communauté internationale promettait plus de deux milliards d’euros pour reconstruire Gaza. Aujourd’hui, un quart seulement de cette somme est arrivée. Si l’agence de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens, l’UNRWA, a réussi à rénover des dizaines de milliers de maisons en partie endommagées, elle n’a pu reconstruire qu’une seule des habitations entièrement démolies. La bande de Gaza a été ravagée depuis 2008 par trois offensives israéliennes.

"Il faudrait plus de 130.000 appartements" pour compenser les maisons détruites lors de ces offensives, expliquait récemment à l’AFP le ministre palestinien de l’Habitat et des Travaux publics, Moufid al-Hasayneh. Israël impose depuis 2006 un strict blocus qui a poussé l’économie gazaouie au bord du gouffre. Un mécanisme impliquant le gouvernement palestinien, Israël et l’ONU a été mis en place pour permettre la reconstruction et l’acheminement de matériaux. Mais comme Israël craint que le ciment ou le gravier ne soient détournés à des fins militaires, le flux est sans commune mesure avec les besoins.

Palestiniens et organisations internationales estiment que la reconstruction durera des années. Amère, Azza confie à l’AFP : "On a entendu plein de promesses, de l’ONU et d’autres, mais on ne sait toujours pas quand notre maison sera reconstruite".