Médecins sans Frontières, mercredi 31 décembre 2008
Franck Joncret, chef de mission de Médecins sans frontières dans les territoires palestiniens, évoque les activités de l’ONG depuis le début des raids israéliens.
Hier et aujourd’hui, les autorités israéliennes ont laissé passer des convois humanitaires vers la bande de Gaza. En avez-vous bénéficié ?
Oui, notre camion a pu passer ce matin. C’était le numéro 65 et nous n’étions pas les derniers. Nous avons fait passer un peu de tout, du matériel, de la nourriture, des médicaments. Les Israéliens ont ouvert les vannes et ils m’ont dit que c’était bon pour les quinze jours qui viennent. Nous attendons du matériel donc nous ferons passer un autre camion après-demain mais rien n’est jamais certain.
Comment travaillez-vous ?
Nous travaillons habituellement avec trois cliniques à Gaza City, Beit Lahya, dans le nord-est du territoire, et à Khan Younis. Aujourd’hui, seule la première fonctionne. Les deux autres ont été fermées pour des raisons de sécurité des équipes, au début des raids israéliens. Nous essayons tous les jours de voir s’il est possible de les rouvrir. A Gaza City, c’est un peu plus facile, à part hier où ça a tapé très fort.
Concrètement, nous ne menons pas nos activités traditionnelles. Nous déchargeons l’hôpital de Shifa qui a des problèmes de suivi postopératoire. Ils n’ont ni la place ni le temps de s’occuper de ces patients. Les chirurgiens sont suffisamment nombreux. Ils sont équipés en hôpitaux, en salles sauf peut-être durant les deux premiers jours où ils ont été un peu juste. Ils sont habitués à cette situation même si actuellement elle est exceptionnelle. Mais ils ont des difficultés à gérer le postopératoire, les maladies chroniques et certaines urgences. A Beit Lahya, ils n’ont pas par exemple d’urgences pédiatriques. Nous, on comble les fossés.
Y a-t-il des personnels expatriés de MSF dans la bande de Gaza ?
Normalement il y a quatre expatriés mais ils étaient sortis pour Noël. Ils n’ont pas pu rentrer depuis même si on essaye d’obtenir l’autorisation tous les jours. Cela dit, si on l’a, je ne sais pas si on les fera passer. On évaluera en fonction des risques, car on traverse la frontière à pieds. Mais il faut soulager les équipes palestiniennes - 80 personnes - qui sont exténuées. Elles ont leur travail mais aussi leurs familles dont elles doivent prendre soin, leurs propres traumatismes…
Avez-vous un bilan des blessés dans les hôpitaux de Gaza ?
C’est compliqué d’obtenir des chiffres mais on évalue à 800 les blessés traités actuellement. Ce sont des données que l’on essaie de recouper, on fait le tour des hôpitaux en permanence, etc. Mais il faut compter en plus ceux qui ne sont pas admis parce qu’ils présentent des blessures légères.
Que savez-vous de la vie sur place ?
Même si les raids ont ralenti en début d’après-midi, les gens continuent à se terrer. Un de nos camions a longé la bande de Gaza, et les chars sont partout le long de la frontière. On ne sait rien pour demain.