A Gaza, des enfants traumatisés et hantés par des cauchemars

Irin, vendredi 5 février 2010

D’après une étude réa­lisée par l’ONG (orga­ni­sation non gou­ver­ne­mentale) Ard al-​​Insan à Gaza, 73 pour cent des enfants de Gaza souffrent encore de troubles psy­cho­lo­giques et comportementaux

Mona al-​​Samouni, 12 ans, est déprimée et revit dans ses cau­chemars le jour – il y a un peu plus d’un an – où elle a vu ses parents et un certain nombre de ses proches se faire tuer par des soldats israé­liens dans leur maison de Zeitoun, au sud-​​est de Gaza-​​ville.

Comme beaucoup d’autres enfants qui ont assisté à des événe­ments ter­ribles lors de l’opération mili­taire israé­lienne de l’année der­nière dans la bande de Gaza, qui a duré 23 jours, Mona est devenue de plus en plus réservée et silen­cieuse – une façon cou­rante de sur­monter une tra­gédie, d’après les médecins.

Les chiffres sur les Pales­ti­niens ayant perdu la vie durant cette opé­ration mili­taire sont variables, mais les ONG estiment que le nombre total de per­sonnes tuées est compris entre 1 387 et 1 417. Les auto­rités de Gaza font état 1 444 morts, tandis que le chiffre fourni par Israël s’élève à 1 166, d’après la Mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies sur le conflit de Gaza, aussi connue sous le nom de rapport Goldstone.

Le meurtre de la famille de Mona est l’un des inci­dents les plus tris­tement célèbres du conflit de l’année der­nière à Gaza (voir le dia­porama de la BBC), et a fait partie des 11 inci­dents ayant fait l’objet d’une enquête de la Mission des Nations Unies, « lors des­quels les forces israé­liennes ont lancé des attaques directes contre des civils conduisant à une issue fatale » et dans les­quels « les faits n’indiquent aucun objectif mili­taire jus­ti­fiable pour­suivi par l’attaque ». D’après la mission, les forces israé­liennes « ont tué 23 membres de la famille élargie al-​​Samouni » ce jour-​​là.

« Il y a une dété­rio­ration signi­fi­cative du bien-​​être psy­cho­lo­gique des enfants pales­ti­niens qui vivent dans la bande de Gaza, en par­ti­culier depuis la guerre récente », a dit à IRIN Ayesh Samour, directeur de l’hôpital psy­chia­trique de Gaza.

D’après une étude réa­lisée par l’ONG (orga­ni­sation non gou­ver­ne­mentale) Ard al-​​Insan à Gaza, 73 pour cent des enfants de Gaza souffrent encore de troubles psy­cho­lo­giques et com­por­te­mentaux, dont notamment des trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques, des cau­chemars, des pro­blèmes de miction invo­lon­taire, de l’hypertension et du diabète.

M. Samour a dit que les enfants de Gaza étaient privés d’une enfance normale à cause de l’insécurité et de l’instabilité de leur envi­ron­nement. D’après lui, une culture de vio­lence et de mort a imprégné leur men­talité, les rendant plus colé­riques et plus agressifs.

Du fait de la pénurie de pro­fes­sionnels de santé dans la bande de Gaza et du manque d’accès à l’équipement médical, les enfants ne reçoivent pas l’aide dont ils ont besoin, a dit M. Samour.

Selon Basem Naim, ministre de la Santé à Gaza, les hôpitaux et les ins­tal­la­tions de soins pri­maires endom­magés pendant le conflit de Gaza n’ont pas été recons­truits en raison du blocus du ter­ri­toire, Israël inter­disant l’entrée des maté­riaux de construction en disant qu’ils pour­raient être uti­lisés pour servir des objectifs militaires.

« Les pro­fes­sionnels de santé à Gaza ont été coupés du monde exté­rieur », a dit M. Naim.

Hussain Ashour, directeur de l’hôpital d’al-Shifa, l’hôpital prin­cipal de Gaza-​​ville, a dit que l’établissement man­quait d’équipement médical et de pédiatres.

Projet

Le 25 janvier dernier, Save the Children Suède et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ont lancé un projet de création de centres fami­liaux à Gaza.

« Le projet per­mettra de garantir le droit à la survie et au déve­lop­pement des enfants exposés aux risques… à travers la création de 20 centres fami­liaux dans dif­fé­rentes com­mu­nautés de la bande de Gaza », a dit à IRIN Patricia Hoyos, direc­trice de Save the Children à Gaza.

« Son rôle prin­cipal est de servir une large popu­lation et de fournir des ser­vices de qualité en matière de pro­tection de l’enfance, d’éducation, de santé et [d’accompagnement] psy­cho­social à tous ceux qui ont besoin de soutien », a-​​t-​​elle dit.