A Gaza aussi, on dessale l’eau de mer

Mélinée Le Priol, La Croix, mardi 13 septembre 2016

La plus grande usine de dessalement d’eau de mer de la bande de Gaza, financée par l’Union européenne, doit entrer en service ce mois-ci.

Dans la langue de terre étroite et surpeuplée qu’est Gaza, affectée par dix ans de blocus israélien et trois guerres dévastatrices, 96 % des ressources en eau sont aujourd’hui impropres à la consommation.

Ce quasi-record mondial est la conséquence d’un « pompage excessif des eaux souterraines et d’infrastructures de mauvaise qualité », explique un expert palestinien sur les questions de l’eau. Tout cela a favorisé l’infiltration d’eau de mer dans les sols, où le taux de salinité et de pollution des nappes est élevé.

Des douches avec de l’eau en bouteille

Pour être potable, l’eau est alors traitée dans l’une des 154 usines de dessalement des eaux souterraines de la bande de Gaza, dénombre Ahmad Al Yaqoubi, de l’Autorité palestinienne pour la qualité de l’environnement. Mais il soutient que les deux tiers de cette eau traitée sont ensuite contaminés, que ce soit lors du stockage ou du transport…

Dans ce contexte, l’ouverture courant septembre de la troisième et plus grande usine de dessalement d’eau de mer de l’enclave palestinienne, près de Deir Al-Balah dans le centre de la bande, annonce « un changement majeur dans les conditions de vie des Gazaouis ».

C’est l’avis de Monther Shoblaq, directeur du Service côtier d’approvisionnement en eau de la bande de Gaza et partenaire de ce projet. « Jusqu’ici, l’eau polluée n’affectait pas seulement l’environnement et la santé des d’habitants, précise-t-il, elle transformait aussi leur mode de vie », les contraignant par exemple à prendre des douches avec de l’eau en bouteille.

Une nouvelle usine de dessalement

L’ouverture de cette centrale, financée par l’Union européenne et l’Unicef à hauteur de dix millions d’euros et dont la construction avait commencé dès avant la dernière guerre de 2014, pourrait surtout permettre d’éviter une grave crise humanitaire. La bande de Gaza ne dispose en effet que d’une nappe phréatique, dont l’ONU avait annoncé dès 2012 qu’elle serait inutilisable à la fin 2016.

À terme, « 150 000 Palestiniens vivant à Rafah et Khan Younès auront accès à l’eau potable » grâce à cette usine, selon Johannes Hahn, le commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne du voisinage, qui l’a visitée au début de l’été.

Elle devrait permettre dans un premier temps la production quotidienne de 6 000 m3 d’eau potable, ce qui toucherait directement 75 000 Gazaouis. « D’ici à 2017, après deux extensions, cette quantité pourrait s’élever à 20 000 m3 », veut croire Monther Shoblaq.

Une autre centrale en cours de construction

Le spécialiste mentionne également deux autres usines de dessalement d’eau de mer déjà existantes dans la bande de Gaza, bien qu’étant de tailles plus modestes : la première se trouve aussi dans le centre du territoire et a été construite il y a une dizaine d’années grâce à des fonds gouvernementaux autrichiens.

La seconde, financée par la Banque islamique de développement, est en cours de construction au nord de Gaza-Ville. À terme, ces deux centrales pourraient, selon Monther Shoblaq, permettre de produire respectivement 6 000 et 10 000 m3 d’eau potable par jour.

Mélinée Le Priol, à Ramallah (Cisjordanie)