69% des Français ne croient pas en la paix au Proche-​​Orient

Frédéric Dabi, vendredi 9 mai 2008

Un sondage Ifop pour le Nouvel Obser­vateur montre que les Français doutent d’une chance de paix pos­sible d’ici à dix ans entre Israël et la Palestine.

Réalisé à l’approche des céré­monies mar­quant le 60ème anni­ver­saire de l’Etat d’Israël, le sondage de l’Ifop pour le Nouvel Obser­vateur livre des ensei­gne­ments inté­res­sants sur l’état de l’opinion à l’égard du conflit israélo-​​arabe :

- Un pes­si­misme marqué à l’égard de la réso­lution d’un conflit, perçu tou­tefois comme moins anxiogène. Une très nette majorité des per­sonnes inter­rogées (69%) ne croit pas en la pos­si­bilité d’une paix durable entre Israël et la Palestine au cours des dix pro­chaines années. Ce pes­si­misme à l’encontre du plus ancien conflit inter­na­tional depuis la fin de la seconde guerre mon­diale suscite une fracture géné­ra­tion­nelle : moins d’un quart des jeunes âgés de moins de 35 ans juge la paix pos­sible entre Israël et les Pales­ti­niens alors que cette croyance pro­gresse au fur et à mesure de l’avancée en âge pour culminer à 45% au sein des per­sonnes âgées de plus de 65 ans (à savoir une géné­ration qui d’une part a vécu les guerres israélo-​​arabes et qui tend peut-​​être à rela­ti­viser les affron­te­ments actuels, et chez qui d’autre part le pro­nostic se confond sans doute avec le souhait d’une paix durable).

Notons que l’optimisme quant à une réso­lution pro­chaine du conflit s’avère aussi ténu chez les sym­pa­thi­sants socia­listes (33%) que parmi ceux de l’UMP (30%). Seuls les proches du Parti Com­mu­niste sont une majorité à croire à une paix durable (63%). Pour autant, en dépit de ce pes­si­misme, la pré­oc­cu­pation de l’opinion publique fran­çaise par rapport à ce conflit semble s’être relâchée. En effet, 63% des inter­viewés consi­dèrent que la situation actuelle au Moyen-​​Orient pré­sente peu (55%) ou pas (8%) de risques du tout de guerre mon­diale. En 1967, aux pre­miers jours de la guerre des 6 jours, qui plus est dans un contexte où les Etats-​​Unis et l’URSS s’affrontaient indi­rec­tement au Proche-​​Orient par Israël et Pays arabes inter­posés, une majorité de Français (54%) inter­rogés par l’Ifop esti­maient que le risque d’un embra­sement mondial du conflit était grand. Aujourd’hui, 37% par­tagent ce sen­timent, soit une fraction mino­ri­taire mais non négli­geable de l’opinion.

- Des rela­tions franco-​​Israéliennes jugées au beau fixe. 72% des per­sonnes inter­rogées consi­dèrent que les rela­tions entre la France et Israël sont bonnes alors que 28% pensent qu’elles sont mau­vaises. Cette per­ception har­mo­nieuse du couple franco-​​israélien, inter­venant après les phases de ten­sions des années 1990 et 2000, est encore plus marquée parmi les per­sonnes âgées de plus de 65 ans (82% contre 59% chez les plus jeunes) et chez les sym­pa­thi­sants du parti pré­si­dentiel (UMP : 81% contre 66% au PS).

- L’attente d’une poli­tique diplo­ma­tique fran­çaise équi­librée. La période qui pré­valait jusqu’à la guerre des 6 jours d’une opinion publique fran­çaise lar­gement favo­rable à Israël semble bien révolue. Le terme "équi­libre" sym­bolise en effet aussi bien la posture des Français à l’égard des pro­ta­go­nistes du conflit proche-​​oriental que leurs attentes à l’égard de la poli­tique fran­çaise. Ainsi, l’énorme majorité des per­sonnes inter­rogées (85%) considère que l’intérêt de la France dans cette région réside dans des liens avec les pays arabes comme avec Israël. Seuls 12% appellent de leurs vœux une stra­tégie uni­quement tournée vers les pays arabes. Une pro­portion encore plus mar­ginale (2%), qui plus est en net recul par rapport à une enquête Ifop réa­lisée en 1968 (-12 points), sou­haite le maintien d’un lien étroit avec Israël.

Dans le même temps, on retrouve peu ou prou cette idée d’équilibre à travers le degré de sym­pathie de l’opinion pour les prin­cipaux acteurs du conflit israélo-​​arabe. Presque deux tiers des inter­viewés (64%) déclare que leur sym­pathie ne va à aucun d’entre eux. Béné­fi­ciant jusque dans les années soixante – dix d’un plus fort capital de sym­pathie par rapport aux pays arabes , Israël recueille un score de sym­pathie de 14%, légè­rement infé­rieur à celui accordé à la Palestine (19%). Notons que celle-​​ci devance encore plus net­tement Israël en termes de sym­pathie chez les plus jeunes, dans les caté­gories moyennes et supé­rieures et parmi les sym­pa­thi­sants de gauche. C’est à l’inverse chez les 65 ans et plus et parmi les sym­pa­thi­sants UMP que la sym­pathie à l’égard de l’Etat juif est la plus forte.


voir l’enquête ici :

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