4 membres d’associations défendant les droits du peuple pales­tinien entrent dans la Bande de Gaza - compte-​​rendu

Palestine 13, UJFP, Cimade, lundi 10 mars 2008

Rapport pour le Conseil Régional PACA de la visite de 4 membres d’associations défendant les droits du peuple pales­tinien, dans la bande de Gaza en Février 2008.

Rappel sur les raisons de cette visite.

Cinq asso­cia­tions de Mar­seille et Aubagne ont sol­licité le Conseil Régional PACA en Août 2006 en vue de par­ti­ciper au pro­gramme ali­men­taire visant la bande de Gaza, et plus par­ti­cu­liè­rement la zone Sud de Rafah et Khan Younes (alors sous les bombes). Ces asso­cia­tions sont : Palestine 13 (section Bouche du Rhône de l’AFPS, asso­ciation France Palestine Soli­darité), l’UJFP (Union Juive Fran­çaise pour la Paix), la Cimade, Ajial (aide aux camps de réfugiés au Liban) et l’AMFP d’Aubagne (asso­ciation médicale franco-​​palestinienne, affiliée à l’AFPS). Le Conseil Régional PACA a bien voulu attribuer la somme de 30.000 € à cette action huma­ni­taire, reçue et envoyée au PARC-​​Gaza, à la fin de l’année 2007. Le PARC Gaza est l’une des 2 branches du PARC, Pales­tinian Agri­cul­tural Relief Com­mittee, impor­tante ONG pales­ti­nienne, s’occupant plus par­ti­cu­liè­rement des pro­blèmes agri­coles et ali­men­taires, et main­tenant, humanitaires.

Depuis le blocus par Israël de la bande de Gaza en été 2006, blocus qui s’est encore consi­dé­ra­blement ren­forcé ces der­niers mois, la popu­lation de la bande de Gaza, dont 52% est com­posée de jeunes et d’enfants de moins de 17 ans, ne peut s’alimenter nor­ma­lement. Aucune denrée ali­men­taire ou presque ne circule en effet entre Israël et Gaza. Or l’agriculture dans la bande de Gaza, autrefois riche (expor­tation, avant le blocus, de pri­meurs, fraises, fleurs coupées, etc…) a été très lar­gement sinistrée : impos­si­bilité de cultiver près de la fron­tière en raison de tirs israé­liens (sur une pro­fondeur de 1 à 1,5 km, ce qui résulte, du fait de l’étroitesse de la bande, en la perte de 40% des terres culti­vables), oli­viers, aman­diers et agrumes déra­cinés par l’armée israé­lienne, serres pilonnées, absence de semences et d’engrais (en raison du blocus), des­truction du réseau d’irrigation, qualité de l’eau impropre à l’irrigation (l’eau étant devenue sau­mâtre à cause des pom­pages excessifs israé­liens de la nappe aquifère).

L’opération huma­ni­taire à laquelle a contribué géné­reu­sement le Conseil Régional PACA s’intitule « De paysans pauvres à familles pauvres ». Elle consiste à racheter aux paysans leurs maigres pro­duits (légumes, oeufs, huile, parfois fromage), inven­dables du fait de la pau­pé­ri­sation générale (80% de la popu­lation dispose d’environ 1€ par jour), d’en confec­tionner des « paniers » capables de nourrir ou sup­plé­menter une famille de 15 à 20 per­sonnes pendant environ une semaine. En sont les béné­fi­ciaires les familles les plus démunies (père ou sou­tiens de famille morts, revenus inexis­tants, nom­breux enfants, enfants blessés), réparties dans l’ensemble de la bande de Gaza. L’ensemble de la popu­lation étant en état de dénu­trition, le pro­gramme est évidemment tout-​​à-​​fait insuffisant.

Compte-​​rendu de notre visite.

Dans le but de vérifier la bonne uti­li­sation des fonds envoyés pour cette opé­ration (par le Conseil Régional PACA et par nos asso­cia­tions), quatre membres des asso­cia­tions concernées (Palestine 13, UJFP, Cimade) se sont rendues en Israël-​​Palestine du 11 au 21 Février 2008. Nous avons effectué nous-​​mêmes la « coor­di­nation » avec les auto­rités mili­taires israé­liennes pour entrer dans la bande de Gaza, le consulat de France ne sou­haitant pas en cette période très tendue faci­liter l’accès de civils dans cette zone.

Nous avons passé 48 heures à Gaza, où nous avons été reçus et pilotés par le res­pon­sable du PARC-​​Gaza, Mr. Ahmed Sourani. L’ensemble des comptes, établis de façon trans­pa­rente, nous a d’abord été pré­senté et nous avons obtenu les reçus des sommes envoyées, avec les coor­données des paysans et celles des familles bénéficiaires.

Puis nous avons quitté le centre du PARC pour nous rendre, le premier jour, dans la région Nord : Beit Hanoun en par­ti­culier, et le len­demain dans la région Sud, Khan Younès et Rafah, afin de voir sur le terrain les réa­li­sa­tions du PARC et visiter les familles concernées. La cir­cu­lation auto­mobile est clair­semée, les routes sont des fon­drières non réparées du fait du blocus. Une partie du trafic se fait par char­rettes à âne ou à cheval. L’habitat est sinistré dans toute la bande et à Gaza ville, avec de nom­breuses maisons ou immeubles bom­bardés, comme le 15 Janvier un gros immeuble officiel en plein centre ville.

Dans le Nord, la pre­mière famille visitée, habitant une petite maison en dur près de la fron­tière, consiste en 18 per­sonnes dont une dou­zaine d’enfants en assez bas âge, l’une, de 6 ans, tota­lement para­lysée à partir de la ceinture suite à un tir israélien. Les familles vues ensuite étaient des familles bédouines habitant un vaste gourbis situé au pied d’une digue de sable retenant les bassins d’eaux usées de la région Nord. En effet, il n’y a pas dans cette région de station d’épuration et il est impos­sible d’en construire une du fait du blocus. A noter que 2 enfants s’y sont déjà noyés, et que la rupture de la digue a entraîné en Mars 2007 une brutale inon­dation (vague de 2 mètres) ayant englouti 7 per­sonnes. Ces familles sont dans un état de dénuement extrême (enfants pieds nus dans les flaques d’eau, par grand froid lorsque nous y étions) et dans un envi­ron­nement d’une insa­lu­brité effroyable. Il est naturel que cer­taines de ces familles soient béné­fi­ciaires de l’opération sub­ven­tionnée, toutes devraient l’être.

Le len­demain, nous avons visité dans le Sud (Khan Younès, Rafah et environs) des réa­li­sa­tions du PARC (aux­quelles le Conseil Régional PACA par­ticipe par le biais de l’opération « Sourire ») : petits centres sociaux pour la femme et l’enfant (parfois dévastés lors des incur­sions israé­liennes, qui sont quo­ti­diennes en ce moment) et exploi­ta­tions agri­coles fami­liales aidées par le PARC, avec même cultures « bio ». Nous avons également visité des familles béné­fi­ciaires des paniers repas, comme celle-​​ci à Al Foukari, victime, un matin d’Octobre 2006 du meurtre du père, de l’écrasement de la maison (bétail compris) par un char des « forces spé­ciales israé­liennes », ce pour des raisons inconnues. Visite aussi, à environ 200 m de la fron­tière, d’un genre de clapier où vit une famille bédouine dont la maison a été rasée pour dégager la vue des soldats israé­liens à la fron­tière mais qui reste sur place pour défendre ses terres, au pieds de la haute colline de détritus de la région.

Nous n’avons donc aucun doute sur l’utilité des opé­ra­tions menées par le PARC, mais regrettons leur peu d’ampleur par rapport aux besoins de cette popu­lation de 1,5 million d’habitants prise au piège du blocus et des incursions.

Nous avons par ailleurs ren­contré l’adjoint du Directeur du Comité Pales­tinien des Droits de l’Homme à Gaza (PCHR), et également les direc­teurs du PRMC (pales­tinian medical relief com­mittee, orga­nisée comme le PARC), res­pon­sables de 30 centres de médecine pri­maire, de cli­niques mobiles et de la prévention.

Hélas, une dizaine de médi­ca­ments tout au plus sont auto­risés à entrer dans la bande de Gaza depuis un certain temps. La pénurie est donc extrême, et la mor­bidité et la mor­talité évitables sont très élevées.

Tous les res­pon­sables ren­contrés (PARC, PCHR, PMRC) nous ont paru una­nimes pour espérer une troi­sième voie poli­tique (ni Fath, ni Hamas), et surtout réclamer de toute urgence la recon­nais­sance des Droits de l’Homme pour les Pales­ti­niens, grâce à une appli­cation du droit international.

Enfin, deux d’entre nous sommes allées ulté­rieu­rement au PARC de Ramallah (siège social pour toute la Palestine) et avons ren­contré les 2 direc­teurs. Ceux-​​ci nous ont appris que 40% des sommes reçues sont actuel­lement reversées au PARC-​​Gaza, en raison du blocus. Le bilan annuel 2006 avec tous les comptes et audit indé­pendant nous a été remis, et est bien sûr à la dis­po­sition du Conseil Régional PACA.

Nous sommes également allées au Consulat de France à Jéru­salem, service culturel d’aide et de coopé­ration, où l’on nous a for­tement conseillé de pour­suivre et d’amplifier nos actions avec le PARC-​​Gaza, essen­tiel­lement en ce qui concerne les actions de "survie", c’est-à-dire l’opération "De paysans pauvres à familles pauvres".

Février 2008