"4,8 millions de réfugiés palestiniens bénéficient de l’aide de l’UNRWA"

Entretien avec Filippo Grandi, dimanche 26 juin 2011

L’Italien Filippo Grandi est à la tête de l’UNRWA depuis le 20 janvier 2010. Ren­contre avec le com­mis­saire général de cette agence onu­sienne qui s’occupe des réfugiés pales­ti­niens au Proche-​​Orient.

L’Office des Nations unies de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient (UNRWA, en français) fournit des ser­vices sociaux, de santé et d’éducation aux quelque 750 000 per­sonnes, chassées de leurs terres à l’issue de la création d’Israël en 1948 [1] et après la guerre de 1967, et à leurs des­cen­dants. Opé­ra­tion­nelle depuis mai 1950, cette agence de l’ONU a vu son mandat pro­longé encore jusqu’en 2014, en l’absence de solution poli­tique à la question des popu­la­tions réfugiées.

Jeune Afrique : En 2011, qui est-​​ce qui profite encore de l’aide de l’UNRWA, et comment ?

Filippo Grandi : Ce sont 4,8 mil­lions de réfugiés pales­ti­niens qui béné­fi­cient de l’aide de l’agence, à l’intérieur et en dehors de 58 camps reconnus, en Cis­jor­danie, à Gaza, en Syrie, en Jor­danie et au Liban. Quelque 60 % de nos res­sources vont à l’éducation puisque 500 000 enfants vont tous les jours dans nos écoles.

Les financements sont-​​ils suffisants ?

Hélas, les contri­bu­tions baissent depuis 2008, crise finan­cière oblige, tandis que la popu­lation que nous aidons a crû de 3 %. Pour 2011, seules la Suède et la Grande-​​Bretagne sont par­venues à aug­menter leur aide, alors que nous avons un déficit de 60 mil­lions de dollars.

Y a-​​t-​​il des contributeurs africains à l’UNRWA ?

Les pays du Maghreb nous apportent un réel soutien poli­tique durable. L’Afrique du Sud, à cause de son his­toire, est très sen­sible à la question pales­ti­nienne et offre une contri­bution modeste mais fidèle et sym­bo­lique. Il en va de même pour la Mau­ri­tanie ou le Sénégal, qui préside aussi à l’ONU le Comité pour l’exercice des droits inalié­nables du peuple pales­tinien. La Libye nous fait parfois des dons impor­tants mais de façon irrégulière.

Quelle est la situation des réfugiés de Gaza ?

Deux tiers des Gazaouis sont des réfugiés, et ils béné­fi­cient d’un tiers des acti­vités de l’UNRWA. La bande de Gaza connaît une crise huma­ni­taire mais c’est bien sûr réducteur : la dis­tri­bution d’aide ne résoudra pas la situation poli­tique. Je salue l’ouverture du point de passage de Rafah à laquelle a procédé l’Égypte, qui est un geste sym­bo­lique. Elle reste cependant pru­dente et c’est tout-​​à-​​fait com­pré­hen­sible. Cette réou­verture est d’une impor­tance psy­cho­lo­gique capitale pour les Gazaouis, qui ont exprimé une grande joie ce jour-​​là.

Comment les réfugiés ressentent-​​ils les progrès de la récon­ci­liation entre le Fatah et le Hamas ?

Dans l’ensemble ils sont indif­fé­rents à qui gou­verne car ils sont pré­oc­cupés au quo­tidien par comment trouver de quoi manger, payer l’électricité… Mais la recon­nais­sance de leurs droits est pour eux une question de principe.

Quel rôle jouent-​​ils dans les négociations sur l’avenir de la Palestine ?

Actuel­lement ils ne peuvent jamais voter et n’ont jamais été consultés sur les orien­ta­tions poli­tiques. Mais ils sont un élément clé de l’avenir de la région, il faudra les inclure dans les dis­cus­sions. Pour l’instant, la pos­sible recon­nais­sance de l’État pales­tinien à l’ONU en sep­tembre ne changera rien pour eux. Ils peuvent être une force positive dans la paix, mais aussi source d’instabilité s’ils en sont exclus.

Et en Syrie, comment vivent-​​ils la révolte actuelle contre le régime ?

Ils sont environ 460 000 dans le pays, dont 30 000 près de Deraa, la pre­mière ville sou­levée où nous avons dû fermer une dou­zaine d’écoles pendant quelques jours au mois de mars. Dans le camp de Yarmouk, près de Damas, il y a eu des affron­te­ments entre fac­tions pales­ti­niennes sou­tenant ou non le régime syrien. Il n’a pas de bilan officiel mais nous sommes très inquiets. En période de crise poli­tique, les popu­la­tions étran­gères sont tou­jours plus vul­né­rables et plus faci­lement vic­times de manipulation.

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Propos recueillis à Paris par Constance Desloire.

[1] dès la vio­lence et la terreur imposées aux Pales­ti­niens par les milices juives en 1947, en fait