39 raids de l’armée, 28 arrestations, en une seule journée en Cisjordanie

Amira Hass, samedi 6 mars 2010

Au total, ce mer­credi 24 février, 212 inci­dents liés à l’occupation ont été recensés : 4 agres­sions phy­siques ; 39 raids de l’armée (dont un à Gaza) ; 28 arres­ta­tions ; 12 inter­pel­la­tions sur des check-​​points et dans des sec­teurs habités…

« L’année 2009 fut la plus calme pour les Israé­liens du point de vue sécurité et la plus vio­lente pour les Pales­ti­niens du point de vue des agres­sions par des colons en Cis­jor­danie. » Et juste au moment où il pro­nonçait cette décla­ration – mon­trant l’une des absur­dités qui carac­té­risent la situation poli­tique – le ministre pales­tinien de l’Agriculture, Ismail Daiq, recevait un coup de télé­phone du dis­trict de Jénine, l’informant que 5 puits arté­siens du village de Daan venaient d’être détruits dans la matinée. Un homme avait été blessé au ventre en tentant de remonter la pompe pour la sauver. Ce n’était pas une attaque de colons, mais un raid de l’armée.

Et ce n’était pas le seul évènement de routine quo­ti­dienne pour ce mer­credi 24 février. Le dépar­tement des Affaires de négo­cia­tions à l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) ras­semble quo­ti­dien­nement les infor­ma­tions de tous les dis­tricts des ter­ri­toires occupés (Gaza et Cis­jor­danie, comme Jéru­salem), pour les publier dans un rapport quo­tidien du Pales­tinian Moni­toring Group (http://​www​.nad​-plo​.org/​m​a​i​n​.​p​h​p?vie…). Par souci de conve­nance, le rapport classe d’abord les faits et donne ensuite les détails par district.

Au total, ce mer­credi 24 février, 212 inci­dents liés à l’occupation ont été recensés. Notons par exemple : 4 agres­sions phy­siques (en Cis­jor­danie et concernant des civils frappés à Naplouse et à Jéru­salem) ; un blessé (un civil touché dans un accro­chage à Daan) ; 8 agres­sions mili­taires par armes à feu (dont 2 à Gaza, 2 en cours de raids, une depuis un avant-​​poste mili­taire) ; 39 raids de l’armée (dont un à Gaza) ; 28 arres­ta­tions ; et 12 inter­pel­la­tions sur des check-​​points et dans des sec­teurs habités. Dans ces listes quo­ti­diennes, on trouve encore des démo­li­tions de maisons (aucune ce mer­credi), des ara­se­ments de terres agri­coles (un, à Gaza) et des travaux de construction du mur de sépa­ration (à 22 endroits).

Le rapport reprend également les des­truc­tions de pro­priétés (7 cas, dont la des­truction des puits et de récoltes ; la fer­meture de check-​​points (8 cas sur 5 check-​​points, notamment des cas d’accès rendus dif­fi­ciles) ; les check-​​points mobiles (« volants ») (23 ce jour-​​là) ; les fer­me­tures per­ma­nentes de routes conduisant à des vil­lages (7 cas) ; les fer­me­tures de grandes routes (40, dont 4 à Beth­léhem et 14 à Hébron, ainsi qu’au village de Jaba, à l’est de Ramallah) ; la fer­meture de pas­sages fron­ta­liers impor­tants (4, dont le blocus per­manent de Gaza) ; les per­tur­ba­tions dans les écoles (3 dont le lan­cement de deux gre­nades lacry­mo­gènes) ; la vio­lence des colons (un cas, à Sheikh Jarrah) ; les mani­fes­ta­tions (une, à Hébron). La liste indique également les attaques pales­ti­niennes (pas une ce mercredi).

La phi­lo­sophie de ces rap­ports sur la situation quo­ti­dienne est claire. Un « évènement » n’est pas qu’une fatalité, une agression, un tir ou une démo­lition. C’est quelque chose qui entraîne des dégâts durables et qui résulte de cette poli­tique de bou­clages imposés, de construction du mur et de maintien du blocus de la bande de Gaza. Mais même en dehors de ces éléments qui sont liés à l’occupation, la plupart des inci­dents n’est pas portée à la connais­sance de la grande majorité des Israéliens.

Aucune sta­tis­tique ne peut arriver à exprimer la détresse affective et sociale qui accom­pagne chacun de ces évène­ments, et non-​​évènements, tels que l’incarcération d’un million et demi de per­sonnes à l’intérieur de la bande de Gaza, ou le fait que des dizaines de mil­liers des Gazaouis ne peuvent tou­jours pas recons­truire leur maison endom­magée pendant l’offensive des Forces de défense israé­liennes de l’hiver 2008/​2009. Même sans le demander, on sait la raison de la des­truction des puits, dans le dis­trict de Jénine : ils avaient été creusés « sans auto­ri­sation ». Mais le sou­verain qui détruit est aussi celui qui contrôle les res­sources aqui­fères et décide de la répar­tition, inégale, de l’eau entre Pales­ti­niens et Israé­liens. Les sta­tis­tiques ne prennent pas en compte les dif­fi­cultés concrètes qui découlent de cette dis­cri­mi­nation, ni l’affront per­manent qu’elle inflige.

En 2009, Israël a détruit 225 maisons pales­ti­niennes en Cis­jor­danie et arraché 515 Pales­ti­niens à leurs foyers, rap­porte le Bureau des Affaires huma­ni­taires des Nations-​​Unies (OCHA - http://​ochaonline​.un​.org/). Des mil­liers de Pales­ti­niens en zone C et à Jéru­salem vivent dans la crainte per­ma­nente que leur maison soit démolie et d’être expulsés de leurs lieux de résidence.

Comment chiffrer la peur ? Comme cette peur qui habite les familles de ces quelque 700 mineurs arrêtés par les FDI en 2009. La section Palestine de Défense de l’Enfance inter­na­tionale (DCI - http://​www​.dci​-pal​.org/​e​n​g​l​i​s​h​/​h​o​m​e.cfm) a repré­senté 218 de ces mineurs devant les tri­bunaux. 40 ont été relâchés, 28 sous caution et 12 sans condi­tions. 7 mineurs ont été gardés en détention admi­nis­trative, c’est-à-dire, détenus sans jugement. 192 ont été tra­duits devant un tri­bunal, dont 23 étaient âgés de 12 ou 13 ans, et 46 de 14 ou 15 ans. La majorité – 123 mineurs – avait 16 ou 17 ans.

Des peines infé­rieures à 6 mois ont été infligées à 121 de ces jeunes arrêtés (63%), alors que 31 ont pris entre 6 mois et un an, et 32 entre un an et 3 ans. 8 des mineurs sont empri­sonnés pour plus de 3 ans.

La majorité des ces jeunes (117) ont été condamnés pour des jets de pierres, 33 pour pos­session et lan­cement de cock­tails Molotov, 11 pour être membres d’organisations inter­dites, 8 pour pré­mé­di­tation de meurtres, 7 pour pos­session et recel d’explosifs, et 16 pour pos­session et fabri­cation d’armes.

Pour l’instant, parlons des arres­ta­tions et des juge­ments du système mili­taire, dont on dit qu’il est le moyen de faire res­pecter l’ordre public, mais qui, actuel­lement, fait res­pecter l’occupation. Mettons de côté, pour le moment, le fait que dans ces tri­bunaux mili­taires, il est souvent recom­mandé au prévenu d’admettre des délits qu’il n’a pas commis, car son temps de détention depuis le début de sa pro­cédure pourrait bien finir par dépasser celui de la condam­nation appli­cable pour l’infraction reprochée.

Mais comment faire pour quan­tifier la colère, indi­vi­duelle et col­lective, qui s’exprime dans les pierres qui sont jetées, une colère qui est sou­levée par le système judi­ciaire mili­taire d’Israël ?

Tout élément d’information que nous donnons et qui traite de la domi­nation israé­lienne sur les Pales­ti­niennes est men­songer. Il veut donner l’impression de dire ce qui s’est réel­lement passé du côté pales­tinien, et qu’en dehors de cela, tout est normal, voire rayonnant. Mais toute nou­velle infor­mation publiée dans la presse israé­lienne est le signe de ce qui manque, de ce que per­sonne ne veut savoir.