18 mois de prison pour un soldat israélien : "Si un Palestinien jetait des pierres à un soldat, il serait condamné à plus"

Un soldat de l’armée israélienne a été condamné, mardi, à 18 mois de prison. Elor Azaria avait tiré une balle dans la tête d’un Palestinien, apparemment hors d’état de nuire, en mars 2016. Pour les Palestiniens, cette sentence est minime et injuste.

Marine Vlahovic, France info, mercredi 22 février 2017

La famille d'Abdel Fattah Al Sharif et des Palestiniens manifestent à Hébron (Cisjordanie) le 21 février 2017, suite à la condamnation à 18 mois de prison à l'encontre d'Elor Azaria, ce soldat israélien reconnu coupable du meurtre d'Abdel Fattah Al Sharif. (HAZEM BADER / AFP)

Dix-huit mois de prison. C’est finalement la peine à laquelle a été condamné, le 21 février, Elor Azaria. En janvier dernier, ce franco-israélien avait été reconnu coupable d’homicide pour avoir achevé un Palestinien à Hébron (Cisjordanie), alors que ce dernier, qui venait d’attaquer des soldats au couteau, était blessé et manifestement hors d’état de nuire. La scène, filmée par une association de défense des droits de l’homme israélienne, B’tselem, avait provoqué de vives réactions et ce procès a divisé la société israélienne.

Les procureurs du tribunal militaire de Tel-Aviv avait requis trois à cinq ans de prison. Les officiels palestiniens dénoncent un procès-spectacle, ainsi qu’un "feu vert" donné à l’armée pour tuer des Palestiniens. Les parents d’Abdel Fatah Al Sharif, le jeune assaillant tué par Elor Azaria, étaient rassemblés avec leurs soutiens à Hébron, mardi, et ont aussi qualifié cette peine de minime et d’injuste.

Une justice à deux vitesses ?

Au milieu des portraits d’Abdel Fattah Al Sharif, Raja, la mère du jeune Palestinien a le visage fermé, mais déborde de rage. "Je ressens ce que toutes les mères devraient ressentir : de la colère, tellement que je ne sais pas comment l’exprimer."

Yusir al Sharif, le père d’Abdel Fattah, est lui aussi très en colère. Il n’arrive toujours pas à croire à cette condamnation finale. "Cette sentence est absurde, s’emporte-t-il. Si un Palestinien jetait des pierres à un soldat, il serait condamné à plus d’un an et demi de prison."

« Un soldat qui a tué intentionnellement un Palestinien est juste condamné à un an et demi de prison. »

Yusir al Sharif, le père d’Abdel Fattah, ce Palestinien tué par un soldat israélien à franceinfo

À leurs côtés, Imad Abu Shamsiyeh, celui qui a filmé la scène où l’on voit Elor Azarya achever le jeune Palestinien d’une balle dans la tête. Il est à la fois déçu par cette condamnation et inquiet pour l’avenir, car il se sent menacé. "Des colons se sont vengés en attaquant ma maison, ils ont publié ma photo sur les réseaux sociaux, avec une mention ’Wanted’ [recherché, en anglais]", explique-t-il.

Mais Imad Abu Shamsiyeh affirme qu’il continuera à filmer pour documenter. La famille d’Abdel Fattah Al Sharif, elle, souhaite présenter ce dossier devant la Cour pénale internationale.

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